Les Romains le firent prisonnier et s’emparèrent de toutes ses provisions et de ses biens, qui étaient extrêmement nombreux. Puis ils se dirigèrent vers les côtes et conquirent dix-huit chaires (1), en plus des villages. Un grand nombre de gens se convertirent au christianisme par leur intermédiaire [qu’Allah les maudisse] (2). Ils arrivèrent à Homs, qu’ils incendièrent et pillèrent. Le roi des Romains y resta deux mois, prenant ce qu’il voulait de ces territoires et capturant ceux qu’il pouvait parmi la population. Il acquit ainsi une formidable crainte dans le cœur des gens, avant de regagner son pays avec près de cent mille garçons et filles emmenés en captivité. La raison de son retrait fut la multiplicité des maladies dans son armée, ainsi que l’aspiration de ses hommes à retrouver leurs enfants, leurs familles et leurs patries. Il envoya ensuite un détachement en Djazîra, qu’ils pillèrent et dont ils réduisirent la population en esclavage.
Pendant ce temps, Qarghawiyya, esclave de Sayf ad-Dawla, s’empara d’Alep, d’où il expulsa Abû al-Maʿâlî Sharîf ibn Sayf ad-Dawla, fils de son maître. Celui-ci se rendit à Harrân, alors placée sous son autorité, mais les habitants refusèrent de le laisser entrer. Il partit donc chez sa mère à Mayyâfâriqîn, fille de Saʿîd ibn Ḥamdân, où il séjourna un temps, avant de se rendre à Ḥamâ, qu’il s’empara, puis il revint à Alep deux ans plus tard, comme nous le verrons plus loin. Lorsque les Romains ravagèrent la Syrie cette année-là, Qarghawiyya traita avec eux à propos d’Alep, leur envoyant de l’argent et des présents. Ils retournèrent ensuite à Antioche, qu’ils conquirent ; ils massacrèrent de nombreuses personnes et réduisirent en esclavage la majorité des habitants. Puis ils marchèrent contre Alep, où Abû al-Maʿâlî assiégeait Qarghawiyya, son propre esclave. Craignant leur arrivée, Abû al-Maʿâlî s’enfuit. Les Romains assiégèrent la ville et la prirent, mais la citadelle leur échappa. Ils finirent par conclure avec Qarghawiyya une trêve permanente, assortie du versement annuel d’un tribut, puis ils lui rendirent la ville avant de se retirer.
Cette même année, un homme appelé Abû Khazar se souleva contre al-Muʿizz al-Fâṭimî alors qu’il se trouvait en Ifrîqiya. Al-Muʿizz se mit personnellement en marche contre lui, avec ses troupes, et Abû Khazar s’enfuit. Al-Muʿizz envoya Yûsuf Bulukîn (3) ibn Zîrî à sa poursuite, pour le capturer et le chasser. Peu après, Abû Khazar revint et demanda l’amân (la protection), qu’al-Muʿizz lui accorda, faisant preuve de clémence.
Cette année-là, l’émissaire de Jawhar al-Qâʾid parvint auprès d’al-Muʿizz pour lui annoncer la conquête de l’Égypte et l’instauration de la daʿwa en son nom, tout en sollicitant sa présence. Al-Muʿizz s’en réjouit intensément, et les poètes chantèrent ses louanges. Parmi eux se trouvait son poète, Muḥammad ibn Hânî, qui composa un poème dont le premier vers est : « Les Banû al-ʿAbbâs demandent : “L’Égypte est-elle conquise ?” Dis-leur : “Ô Banû al-ʿAbbâs, l’affaire est scellée !” »
Ibn al-Athîr rapporte que, cette année-là, mourut Nicéphore, qui avait été d’abord doumastikos avant de devenir roi des Romains. Il avait envisagé de tuer les deux fils du roi précédent, mais leur mère empêcha cela et finit par l’assassiner en embuscade. Il dit aussi que ce maudit était le descendant de musulmans : son père, originaire de Ṭarsûs, était l’un des meilleurs musulmans, connu sous le nom d’Ibn al-Faqqâs. Ce « chien » (qu’Allah le maudisse) apostasia et embrassa le christianisme, gagna les faveurs des chrétiens jusqu’à occuper le rang qu’il atteignit, et il fut parmi les plus violents ennemis des musulmans, ayant conquis de nombreuses contrées par la force.