Elle avait de lui deux fils. Il voulut les châtrer et les placer dans l’église, afin qu’ils ne pussent plus régner par la suite. Lorsqu’elle s’en aperçut, leur mère complota contre lui et incita les émirs (1) à le tuer. Ils le surprirent dans son sommeil, le mirent à mort et proclamèrent roi l’aîné de ses deux fils.
Au cours du mois de Rabî‘ al-Awwal (2), Abou Bakr Ahmad ibn Siyar fut relevé de ses fonctions judiciaires et Abou Muhammad ibn Ma‘rouf y fut rétabli.
Ibn al-Jawzî rapporte que, cette année-là, le niveau du Tigre (Dijla) baissa au point que les puits s’asséchèrent. Le pèlerinage fut dirigé par le noble Abou Ahmad an-Naqîb (3). Il ajoute qu’en dhû l-hijja, une étoile tomba, illuminant le monde comme un soleil, puis l’on entendit un bruit semblable à celui du tonnerre (4).
Ibn al-Athîr raconte que, durant le mois de muharram de cette même année, on prononça le nom d’al-Mu‘izz, le Fâtimide, dans le prône de la mosquée de Damas. Cela se fit à l’instigation de Ja‘far ibn Falah, envoyé par Jawhar le commandant, depuis l’Égypte vers la Syrie. Abou Muhammad al-Hasan ibn ‘Abdallâh ibn Tughj l’affronta à ar-Ramla, mais fut vaincu par Ibn Falah. Ce dernier le captura, puis l’envoya à Jawhar, qui le fit parvenir à al-Mu‘izz alors établi en Ifrîqiyya. Ainsi, la main des Fâtimides s’étendit également sur Damas, après maints combats qui durèrent jusqu’à la fin de cette année (5).
Cette année-là, un conflit éclata entre Nâsir ad-Dawla ibn Hamdân et son fils Abou Taghlib. Lorsque Mu‘izz ad-Dawla ibn Bûwayh mourut, Abou Taghlib et plusieurs membres de sa famille projetèrent d’entrer à Bagdad et de s’emparer du royaume d’Irak. Leur père leur dit : « Mu‘izz ad-Dawla (6) a laissé à son fils d’immenses richesses : tant qu’il en disposera, vous ne pourrez l’emporter. Patientez jusqu’à ce qu’il les dépense, car il est prodigue. Quand il sera ruiné, soulevez-vous contre lui et vous ne manquerez pas de le vaincre. » Abou Taghlib en conçut de la rancune envers son père et, peu à peu, il parvint à le faire jeter en prison dans la citadelle. Les fils de Nâsir ad-Dawla se divisèrent en factions et s’affaiblirent à force de querelles internes. Finalement, Abou Taghlib en arriva à négocier avec ‘Izz ad-Dawla et obtint la région de Mossoul pour un million de dirhams annuels à lui verser. Le décès de Nâsir ad-Dawla survint cette même année, et Abou Taghlib s’établit à Mossoul en tant que souverain. Cependant, les dissensions et la guerre les déchirèrent : ils périrent de la sorte, quand bien même, s’ils avaient été unis, ils auraient pu régner (7).
La même année, le roi des Romains entra dans Tripoli, incendia de nombreuses parties de la cité, s’empara de la forteresse de ‘Arafa, la pilla et réduisit ses habitants en captivité. Le seigneur de Tripoli s’était retranché dans cette citadelle après que les habitants de Tripoli l’eurent chassé en raison de sa grande tyrannie.