Et Jawhar [le commandant] (1) envoya Jaʿfar ibn Falāḥ à la tête d’une importante armée en Syrie. Ils livrèrent alors un combat acharné. À Damas se trouvait le šarīf Abū al-Qāsim ibn Abī Yaʿlā al-Hāšimī, qui était obéi de tous. Il défendit (2) la cause des ʿAbbassides pendant une longue période. Puis les événements conduisirent à ce que la khaṭba (prône) soit prononcée au nom d’al-Muʿizz à Damas. Le šarīf Abū al-Qāsim fut emmené en Égypte, et al-Ḥasan ibn ʿAbd Allāh ibn Ṭuġj, avec un groupe d’émirs, furent capturés. [Ils furent conduits en Égypte] (3), puis Jawhar les envoya auprès d’al-Muʿizz en Ifrīqiya. La main des Fāṭimides s’affermit ainsi sur Damas en l’an 60 (de l’Hégire), comme nous le verrons (4). On y proclama « Hayya ʿalā khayri l-ʿamal » pendant plus de cent ans, et l’on inscrivit la malédiction des deux Shaykhs – qu'Allah soit satisfait de lui – sur les portes des grandes mosquées et sur celles des oratoires de Damas, [Innā li-llāhi wa innā ilayhi rājiʿūn] (5). Cette situation perdura jusqu’à ce qu’elle fût abolie par le pouvoir turc, comme il sera expliqué et détaillé en son lieu, si Dieu le veut.
Cette même année, les Roum (Byzantins) entrèrent à Ḥimṣ (Homs). La plupart de ses habitants l’avaient déjà délaissée et s’étaient déplacés ailleurs. Les Roum incendièrent donc la ville et firent prisonniers ceux qui y demeuraient encore ainsi que les habitants des alentours, soit environ mille personnes. [Innā li-llāhi wa innā ilayhi rājiʿūn] (5).
En Ḏū l-Ḥijja, ʿIzz al-Dawla transféra son père, Muʿizz al-Dawla ibn Būwayh, de sa maison jusqu’à son mausolée dans le cimetière de Qurayš. Parmi ceux qui décédèrent cette année-là – et qu’Ibn al-Jawzī mentionne dans son « Muntaẓam » (6) – se trouve Kāfūr al-Iḫšīdī [déjà cité]. Ibn al-Jawzī déclare : « J’ai remarqué que l’éloge fait par al-Mutanabbī à l’égard de Kāfūr peut s’interpréter autant comme un blâme que comme un éloge, comme s’il jouait avec lui. Dieu le Très-Haut est plus savant. »
[Puis commença l’année trois cent cinquante-neuf]
Le dixième de Muḥarram de cette année, les Rāfiḍa accomplirent leur innovation scandaleuse, fermant les souks et interrompant les moyens de subsistance. Les femmes circulaient le visage découvert, se lamentant sur al-Ḥusayn ibn ʿAlī, se frappant le visage. On suspendait aussi dans les marchés des vêtements de poil (l’habit de deuil) et l’on répandait de la paille partout.
Cette même année, les maudits Roum entrèrent à Anṭākya (Antioche), expulsèrent les vieillards et les vieilles femmes, puis firent captives près de vingt mille femmes et enfants. Tout cela par la manigance du roi des Arméniens, Naqfūr (Nicéphore), que Dieu le maudisse. Ibn al-Jawzī dit de lui : « Il s’enorgueillit, se montra tyrannique, et alla jusqu’à épouser la femme du roi qui l’avait précédé. »