Les poètes se rendirent auprès de lui, et c’est à lui qu’al-Mutanabbī vint lorsqu’il quitta, courroucé, Sayf al-Dawla ibn Ḥamdān. Il trouva alors refuge auprès de Kāfūr, qui lui accorda son soutien. Par la suite, leurs relations se dégradèrent : Kāfūr l’éloigna et al-Mutanabbī le prit pour cible de ses satires, avant de partir rejoindre ʿAḍud al-Dawla ibn Būyah, où il trouva la mort, comme nous l’avons déjà indiqué. Quant à Kāfūr, après son décès, il fut inhumé dans le cimetière qui porte son nom. Le pouvoir revint alors à Abū al-Ḥasan ʿAlī ibn al-Ikhshīd (1). C’est de lui que les Fatimides, ces prétendants, prirent le pays d’Égypte, comme cela sera expliqué. Le règne de Kāfūr dura deux ans et trois mois, – qu'Allah lui fasse miséricorde –.
Puis vint l’année trois cent cinquante-huit [de l’Hégire]. Le jour dʾʿĀshūrāʾ, les Rāfiḍa (Chiites) accomplirent leur innovation, et le jour de Ghadīr Khumm, ils célébrèrent la fête qu’ils avaient instaurée. En ʿIrāq, une grande famine s’abattit, au point que le pain vint presque à manquer totalement. Les Byzantins ravagèrent les contrées : ils incendièrent Ḥimṣ, y commirent de graves exactions et emmenèrent en captivité près de cent mille musulmans, [nous sommes à Dieu et à Lui nous retournons].
[Entrée de Jawhar le Commandant en Égypte]
Cette même année, Abū al-Ḥasan Jawhar, dit « le Commandant ar-Rūmī », pénétra dans les provinces égyptiennes, à la tête d’une armée imposante dépêchée par al-Muʿizz le Fatimide, le mardi alors qu’il restait treize nuits à courir de Shaʿbān. Puis, le vendredi, le nom d’al-Muʿizz le Fatimide fut prononcé dans le prône sur toutes les chaires des mosquées du Caire et des régions avoisinantes. Jawhar ordonna aussi aux muezzins de la Mosquée Antique et de la Mosquée Ibn Ṭūlūn d’introduire la formule « Ḥayya ʿalā khayri l-ʿamal » dans l’appel à la prière, et prescrivit aux imams de réciter la basmala à voix haute. En effet, après la mort de Kāfūr al-Ikhshīdī, il ne subsistait personne en Égypte qui puisse rallier les cœurs, et ils souffraient d’une grave pénurie affaiblissant considérablement la population. Lorsque la nouvelle parvint à al-Muʿizz, encore en Ifrīqiya, il envoya Jawhar, affranchi de son père al-Manṣūr, à la tête d’une vaste armée en Égypte. À l’annonce de cette expédition, les partisans de Kāfūr s’enfuirent avant même l’arrivée de Jawhar, qui entra alors dans la cité sans livrer bataille ni essuyer la moindre résistance, et y accomplit les actes susmentionnés. Leurs mains prirent ainsi solidement possession de ces territoires après Kāfūr al-Ikhshīdī.
Cette année-là, Jawhar le Commandant entreprit la construction du Caire al-Muʿizziyya et l’édification des deux palais attenants — comme nous le rapporterons —, tout en préparant les installations nécessaires à la venue de son maître al-Muʿizz le Fatimide.