Cette année-là, les Chiites manifestèrent une grande tristesse le jour de ‘Âchûrâ du mois de Muharram et célébrèrent la fête de Ghadîr Khumm le douzième jour de Dhou al-Hijja, y exprimant joie et réjouissance.
Parmi ceux qui décédèrent également cette année, on compte Ibrâhîm al-Muttaqî li-llâh ibn Ja‘far al-Muqtadir, qui avait exercé le califat, puis fut contraint d’en être déposé l’an trente-trois trois-cents (333), comme nous l’avons déjà mentionné (1). Il fut ensuite assigné à résidence et mourut cette même année, à l’âge de soixante ans. Il fut inhumé chez lui (2).
Il y eut aussi ‘Umar ibn Ja‘far ibn ‘Abd Allâh (3) ibn Abî al-Sarrî, Abû Hafs, le Basrien, hâfiẓ (spécialiste de la préservation du hadith). Né en l’an deux cent quatre-vingt (280), il avait sélectionné (les récits) auprès de ses maîtres et rapporta notamment d’Abû Khalîfa al-Faḍl ibn al-Ḥubâb et d’autres. On lui reprocha cent points divergents, mais selon al-Dâraquṭnî : « J’ai examiné ces reproches, et la vérité était du côté de ‘Umar ibn Ja‘far (4). »
Citons encore Muḥammad ibn Aḥmad ibn ‘Alî ibn Makhlad (5), Abû ‘Abd Allâh al-Jawharî, l’al-Ḥisbah (l’inspecteur des marchés), surnommé Ibn al-Muḥrim (6). Il fut l’un des compagnons d’Ibn Jarîr. Il rapporta aussi d’al-Kudaymî et d’autres. Il arriva qu’il se maria, et lorsque l’épouse entra chez lui (7), il se mit à écrire des hadiths. Sa belle-mère survint et lui jeta l’encrier en disant : « Cela nuit plus à ma fille que trois cents coépouses. » Il mourut cette même année, à l’âge de quatre-vingt-treize ans, et ses récits étaient jugés faibles.
Enfin, Kâfûr ibn ‘Abd Allâh al-Ikhshîdî (8) : il fut l’affranchi du sultan Muḥammad ibn Ṭughj al-Ikhshîd, qui l’avait acheté à certains habitants d’Égypte pour dix-huit dinars. Il le rapprocha de lui, le distingua parmi ses serviteurs et le choisit pour confident, puis le nomma atabeg (tuteur militaire) lorsque ses deux fils accédèrent au pouvoir. Après leur décès, en l’an cinquante-cinq, il assuma seul la gestion des affaires, et le royaume fut stabilisé en son nom. On invoqua pour lui, durant les prêches, dans tous les territoires d’Égypte, de Syrie et du Ḥijâz. Kâfûr était un homme énergique, intelligent, redoutable et de bonne gouvernance, ce qui lui valait l’éloge des poètes.