Il avait alors cinquante-trois ans. Son fils, Saʿd ad-Dawla Abū al-Maʿālī Sharīf, lui succéda au gouvernement d’Alep. Puis le serviteur affranchi de son père, Qarghūyah, s’empara du pouvoir et le contraignit à quitter Alep pour se rendre auprès de sa mère (1) à Mayyāfāriqīn, avant qu’il n’y revienne comme il sera précisé (2).
Le qāḍī Ibn Khallikān a rapporté beaucoup de propos attribués à Sayf ad-Dawla, ainsi que ce qui fut dit de lui. Il déclara : « Après les califes, jamais on ne vit à la cour d’un roi autant de poètes réunis que dans la sienne. » Il octroya des faveurs à plusieurs grands poètes, tels qu’al-Mutanabbī, les deux Khālidiyyayn, as-Sarī ar-Raffāʾ, an-Nāmī, al-Babbaghāʾ et d’autres. [Le qāḍī] (3) Ibn Khallikān ajoute qu’il serait né l’année 3 – ou, selon certains, l’année 301 – et qu’il régna sur Alep après l’an 330, ayant auparavant gouverné Wāsiṭ. Les circonstances se transformèrent jusqu’à ce qu’il s’empare effectivement d’Alep, qu’il arracha à Aḥmad ibn Saʿīd al-Kilābī, vassal de l’Ikhshīd (4). Il domina également Damas à un certain moment.
Un jour, il s’adressa à ses compagnons en ces termes : « Qui d’entre vous peut compléter ce vers ? Je ne crois pas que quelqu’un puisse y parvenir : “À toi appartient mon corps auquel tu causes souffrance… Pourquoi donc permets-tu que mon sang soit versé ?” » Son cousin (5) Abū Firās répondit spontanément : « Il dit : “Si je suis le maître, alors tout m’appartient.” » (6)
Cette même année (7) mourut Kāfūr al-Ikhshīdī (8), affranchi de Muḥammad ibn Ṭughj al-Ikhshīd, qui gouverna à la place de son maître encore jeune, s’emparant de l’Égypte et de Damas, et s’opposant (9) à Sayf ad-Dawla et à d’autres. On avait fait graver sur son tombeau : « Regarde les vicissitudes des jours et ce qu’elles ont accompli : elles anéantirent des gens qui y vivaient, alors qu’elles ne se sont pas anéanties elles-mêmes. »