La main de la mort s’est tendue vers toi… et tu as été arraché à la maison dorée.
Lorsque Muʿizz ad-Dawla mourut, son fils ʿIzz ad-Dawla assuma le pouvoir après lui, mais il s’adonna aux jeux, aux plaisirs et aux affaires de femmes, au point que son autorité s’effrita et que l’unité au sein de son entourage se disloqua. Alors l’émir Manṣūr ibn Nūḥ as-Sāmānī, souverain du Khorassan, convoita le royaume des Banū Būyah. Il envoya de nombreuses troupes en compagnie du roi Washmakīr. En apprenant cela, Rukn ad-Dawla ibn Būyah sollicita l’aide de son fils ʿAḍud ad-Dawla et de son neveu ʿIzz ad-Dawla, qui lui dépêchèrent un grand nombre de soldats. Rukn ad-Dawla se mit alors en marche à la tête de ces troupes. De son côté, Washmakīr le menaça en lui disant : « Si je te capture, je te ferai subir ceci et cela. » Rukn ad-Dawla lui répondit : « Quant à moi, si je te capture, je te ferai du bien et je te pardonnerai. » Finalement, l’issue fut favorable à Rukn ad-Dawla, et Dieu le préserva du mal de son adversaire.
En effet, Washmakīr enfourcha un cheval fougueux pour aller chasser ; un sanglier fonça sur lui, effrayant la monture qui s’emballa et le désarçonna. Washmakīr s’écrasa au sol, du sang jaillit de ses deux oreilles et il mourut sur le coup. Les troupes se dispersèrent. Le fils de Washmakīr demanda la protection (amān) de Rukn ad-Dawla, qui la lui accorda. Il lui envoya de l’argent et des hommes, tint sa parole, et Dieu le sauva ainsi des intrigues des Samanides, grâce à la sincérité de son intention et à la pureté de son cœur.
Parmi ceux qui moururent cette année-là figurait Abū l-Faraj al-Aṣbahānī (2), l’auteur du « Kitāb al-Aghānī » (3). Il s’agit de ʿAlī ibn al-Ḥusayn ibn Muḥammad ibn Aḥmad ibn al-Haytham ibn ʿAbd al-Raḥmān ibn Marwān ibn ʿAbd Allāh ibn Marwān ibn Muḥammad ibn Marwān ibn al-Ḥakam, umayyade d’Iṣfahān, auteur du « Kitāb al-Aghānī » (Le Livre des Chants) et du « Kitāb Ayyām al-ʿArab », où il rapporte mille sept cents journées (batailles) et événements mémorables de l’histoire des Arabes.
Il était poète, homme de lettres, écrivain et grand connaisseur des récits et de l’histoire des peuples, mais il professait le chiisme. Ibn al-Jawzī a dit à son sujet : « On ne saurait s’y fier. Il déclare dans ses livres des propos qui exigeraient de le taxer de dépravation et il banalise la consommation de vin, allant parfois jusqu’à s’en attribuer la pratique à lui-même. Quiconque examine le “Kitāb al-Aghānī” y verra toute forme de turpitude et de laideur (4). »
Abū l-Faraj transmit le ḥadīth de Muḥammad ibn ʿAbd Allāh Muṭayyīn et de bien d’autres, et ad-Dāraquṭnī, entre autres, transmit de lui. Il mourut au mois de Dhū l-Ḥijja de cette année-là.