[La mort de Muʿizz ad-Dawla]
(1)
Le treizième jour du mois de Rabîʿ al-Awwal de cette année, Muʿizz ad-Dawla Abû al-Ḥusayn Aḥmad ibn Bûya l-Daylamî mourut d’une maladie de dysenterie, au point qu’il ne pouvait plus rien garder dans son estomac. Lorsqu’il sentit la mort approcher, il fit acte de repentir et revint à Dieu (qu’Il soit glorifié). Il restitua un grand nombre de biens spoliés, fit l’aumône de beaucoup de ses richesses, affranchit de nombreux esclaves, et transmit le pouvoir à son fils Bakhtiyâr, ʿIzz ad-Dawla ibn Muʿizz ad-Dawla. Il rencontra ensuite certains savants, qui lui parlèrent de la Sunna et lui apprirent qu’Ali avait marié sa fille Umm Kulthûm à ʿUmar ibn al-Khaṭṭâb. Alors il répondit : « Par Dieu, je n’en avais jamais entendu parler. » Et il se tourna vers la Sunna et s’y conforma.
Quand l’heure de la prière arriva, cet homme s’en alla pour prier ailleurs. Muʿizz ad-Dawla lui dit : « Ne pries-tu pas ici ? » Il répondit : « Non. » – « Pourquoi donc ? » – « Parce que ta demeure est usurpée. » Muʿizz ad-Dawla apprécia cette réponse.
Muʿizz ad-Dawla était un homme patient, généreux et avisé. Il avait une main coupée. Il fut le premier à introduire l’usage de messagers (as-suʿāt) auprès des rois, afin qu’ils puissent transmettre leurs nouvelles à son frère Rukn ad-Dawla à Shîrâz avec célérité. Les gens de cette profession trouvèrent alors grâce à ses yeux, et les habitants de Bagdad apprirent à courir ainsi, si bien que certains parcouraient plus de quarante farsakhs en une journée. Deux grands coureurs se trouvaient dans la ville, Faḍl et Marʿûsh, et la populace sunnite soutenait le premier, tandis que la populace chiite soutenait le second. Il y eut entre eux des rivalités et des épreuves.
À la mort de Muʿizz ad-Dawla, on l’enterra à la porte at-Tabn, dans les cimetières de Quraysh. Son fils s’assit pour la cérémonie de deuil. Il plut alors trois jours d’affilée. Dans cet intervalle, ʿIzz ad-Dawla envoya aux dignitaires de l’État une forte somme d’argent pour empêcher les émirs de s’unir contre lui avant qu’il ait solidifié son investiture. C’était là un signe de son intelligence et de sa ruse.
Il avait vécu cinquante-trois ans (3) et gouverné pendant vingt et une années, onze mois et deux jours. Durant son règne, il avait ordonné de restituer les successions à leurs héritiers avant qu’elles ne reviennent à la Trésorerie publique. Certains rapportent avoir entendu, la nuit de la mort de Muʿizz ad-Dawla Abû al-Ḥusayn Aḥmad ibn Bûya, une voix invisible réciter ces vers :
« Quand tu as atteint, ô Abû al-Ḥusayn, / Le but de ta quête et de ton ambition,
Et que tu t’es cru à l’abri / Des aléas du destin, caché des épreuves… »