Un imposteur et un barbier sur lesquels vous vous êtes acharnés… Mais quelle importance y a-t-il donc à vaincre celui qui n’est que suceur du sang par les ventouses ? Pourquoi ne pas vous en être pris plutôt à Damiâna avant cela, ou à quelque enivré, ô temps des lionceaux ?
(1)
Les nuits où l’on vous menait, tels un boucher conduisant ses chèvres et ses boucs à l’abattoir, demeurent encore dans les mémoires. On emmenait sans hâte les filles de vos rois en esclavage, comme on chasserait les gazelles hors de leurs plaines. Mais interrogez donc Héraclius à notre sujet, ainsi que les rois honorables qui vous restaient encore. Que votre roi couronné vous dise ce qu’il sait de nous, et votre César vous racontera comment nous avons capturé vos nobles. Il vous informera aussi de ce que nous avons conquis de vos terres fortifiées et des funestes événements que nous vous avons fait subir. Laissez de côté tout misérable usurpateur : ne le considérez ni comme guide ni comme pilier de votre édifice. Ah ! Qu’il est loin pour vous Samarra et Tikrit, jusqu’à la montagne ! Ce ne sont que vains espoirs qu’un faible se prend à rêver, alors que devant ces fantasmes se dresse la réalité du vol des têtes et de la lame qui tranche les gorges. À bonne distance de Bagdad se dressent des épées affûtées, équivalant à un mois de marche pour un guerrier chevronné. C’est la ville des gens de renoncement, de bien et de piété, la demeure de tout savant. Ne convoitez pas la côte de Ramla, car vous y trouverez, du côté des musulmans, des combattants vaillants semblables à des lions.
(2)
Devant Damas encore, se trouve une armée imposante, pareille à d’innombrables nuées d’oiseaux fondant sur leur cible. Et ce sont des coups qui infligent à l’incroyance la plus grande des humiliations, tel le choc du marteau sur la blancheur de la monnaie. Aux environs du Hedjaz, des cohortes attendent, semblables à des pluies diluviennes. On y compte, parmi les Banû ‘Adnân, maints braves, et, parmi la tribu de Qahtân, des nobles au turban illustre. [Et si vous affrontiez ne serait-ce qu’un groupe de Qudâ‘a, vous affronteriez un embrasement ravageur qui calcinerait jusqu’à la moelle.]
(3)
Quand ils vous attaqueront à l’aube, ils vous rappelleront ce que vous aviez déjà enduré d’eux au plus fort d’une bataille acharnée, lorsque, par le passé, ils menaient leurs expéditions d’été contre vous et que vous vous présentiez en vue de recueillir votre part du butin. Bientôt, ils arriveront en détachements et vous feront oublier l’époque où vous aviez pris des capitales. Vos biens leur échoiront comme présents, tandis que vos sangs apaiseront la fièvre des âmes en colère. Votre terre, ils la partageront légitimement entre eux, comme ils l’ont maintes fois fait selon leur juste répartition. Et si, depuis le Khorassan, depuis Chiraz ou Rayy, surgissaient des troupes retranchées, vous ne pourriez alors qu’agir tel que nous vous connaissons : dans l’humiliation et en vous mordant les doigts de dépit.