Vous vous êtes alors précipités sur nos frontières, à la manière de voleurs profitant du sommeil d’un insouciant.
N’est-ce pas la Sicile, malgré sa faiblesse, qui l’emporta sur vous au milieu de sa mer tumultueuse ? N’a-t-on pas arraché de vos mains, par la force et la puissance, toutes les contrées du pays de Syrie en une frappe décisive ? L’Égypte tout entière, la terre de Qayrawān et al-Andalus vous furent également soustraites de force, sous les coups fracassants.
Puis Constantinople subit de terribles épreuves et vous imposa maints tourments persévérants. Quant à vos lieux sacrés et leurs édifices, ils sont entre nos mains, en dépit de ceux qui s’y opposent. Bethléem, et après elle l’église du Saint-Sépulcre, demeurent sous la garde des illustres hommes de l’islam. Et votre siège en la terre d’Alexandrie, tout comme celui de Jérusalem, nous les avons annexés de force malgré vos protestations, à la façon dont les noirs étalons enserrent leurs deux jambes.
Le siège d’Antioche fut aussi un temps, et des lustres durant, en notre possession, au prix de combats acharnés. Il ne vous en reste plus que le siège de Rome et celui de Constantinople pour ce qui est à venir. Il est inévitable que tout revienne un jour en entier sous notre juridiction, par la force d’une gloire impérieuse et grandissante.
N’est-ce pas Yazīd qui s’est tenu parmi vos terres, jusqu’aux portes de Constantinople, la lame tirée ? Et après cela, Maslama vous piétina avec une armée imposante, semblable à des lions redoutables. Notre mosquée, bâtie jadis chez vous, vous réduisit à une forme de servitude humiliante, érigée à côté même du palais royal, au cœur de votre pouvoir. Votre roi versa à Hārûn ar-Rachīd l’hommage du vaincu et la capitation du débiteur.
Nous vous avons dépouillés en quelques mois par la puissance que le Tout-Miséricordieux nous a accordée, depuis Sibt (1) de Jacob et les campagnes de Dūmah, jusqu’aux confins de la mer lointaine. Avez-vous jamais parcouru nos terres ne serait-ce qu’une seule semaine ? Dieu vous en a empêchés, ô restes de vaincus. Vos seuls biens sont vos vains espoirs, méprisables marchandises semblables aux rêves d’un dormeur.
Patientez, la lumière du califat reviendra, dissipant la poussière sur les visages éprouvés. Alors vous saurez comment vous fuirez quand la cavalerie d’une armée résolue vous heurtera, comme aux jours anciens entre vous et nous, lorsque vous figuriez au rang des dépouilles. Vous fîtes d’innombrables captives que nul ne saurait dénombrer — vos captures chez nous n’étant que rares gouttes de nuage. Quiconque tenterait de les compter s’attaquerait à l’impossible, tel celui qui voudrait dénombrer les plumes des colombes.
Vous avez combattu aux côtés des fils de Ḥamdān et de Kāfūr, troupe vile et impure, aux poignets rabougris.