Et il dit dans «Al-Bidāya wa an-Nihāya» (16/406) : «En l’an 761 de l’Hégire, on publia un ordre obligeant les Qalandariyya à cesser de se raser la barbe, les sourcils et la moustache, car cela est interdit (ḥarām) à l’unanimité, comme l’a rapporté Ibn Ḥazm. Certains juristes n’en ont toutefois parlé qu’en termes de ‘karāha’ (détestation). Il eût été plus avisé de leur ordonner de renoncer à la consommation de cette vile herbe qu’est le ḥashīsha, et de faire appliquer la peine (ḥadd) à ceux qui en mangent et s’en enivrent, ainsi que certains fuqahāʾ (juristes) l’ont décrété.»
Et il dit dans «Al-Bidāya wa an-Nihāya» (16/354), à propos des événements de l’an 751 de l’Hégire : «Parmi les faits extraordinaires et étonnants, tels qu’on n’en avait pas connu depuis environ deux cents ans et plus, il y eut l’annulation de l’illumination à la Grande Mosquée de Damas dans la nuit du milieu de Shaʿbān. L’éclairage ne fut pas augmenté d’une seule lampe par rapport à l’ordinaire des autres nuits de l’année, louange et gratitude à Dieu. Les savants et les gens pieux s’en réjouirent et remercièrent Dieu de l’abolition de cette affreuse innovation (bidʿa), qui entraînait jusque-là nombre de maux pour la ville et avait donné lieu à la pratique de la location d’espaces dans la Grande Mosquée des Omeyyades. Tout cela fut accompli par décret du sultan al-Malik an-Nāṣir Ḥasan, fils d’al-Malik an-Nāṣir Muḥammad ibn Qalāwūn – que Dieu perpétue sa royauté et fortifie ses assises. Celui qui s’en chargea en Égypte fut l’émir Ḥusām ad-Dīn Abū Bakr ibn an-Najībī – que Dieu éclaire son visage. Il résidait alors en Égypte. J’ai moi-même vu chez lui une fatwā portant la signature du shaykh Taqī ad-Dīn Ibn Taymiyya, du shaykh Kamāl ad-Dīn ibn az-Zamalkanī et d’autres, réclamant l’abolition de cette innovation. Dieu l’a menée à bien, louange et gratitude à Lui.»
Et il dit dans «Al-Bidāya wa an-Nihāya» (16/313), au sujet des événements de l’an 743 de l’Hégire : «Le vendredi 16 Ṣafar, avant la prière de l’après-midi, une estafette arriva du Caire pour requérir la venue de Qāḍī al-Qudāt Taqī ad-Dīn as-Subkī (1) afin qu’il y exerce la fonction de juge. Les gens vinrent à sa rencontre pour le saluer et le saluer une dernière fois. On avait beaucoup colporté de rumeurs à son sujet, et le bruit s’était répandu qu’une audience serait tenue pour l’accuser au sujet des sommes qu’il avait versées sur les biens des orphelins… Une fatwā avait été rédigée contre lui pour l’humilier, et l’on cherchait la signature de différents muftis. Personne ne voulut cependant la signer, hormis le qāḍī Jalāl ad-Dīn ibn Ḥusām ad-Dīn al-Ḥanafī. J’ai vu de mes yeux son écriture, à lui seul, après la prière. On me demanda de la signer, mais je m’y suis refusé à cause du trouble que cela aurait engendré chez les magistrats.»
• Des positions scientifiques : justes et courageuses, qui montrent qu’Ibn Kathīr n’était ni un simple compilateur ni un collecteur hâtif, mais qu’il avait au contraire une personnalité affirmée et présente. On discerne clairement sa lucidité à travers les positions suivantes :
– Sa défense d’al-Ṭabarī : Il dit dans «Al-Bidāya wa an-Nihāya» (12/59), à propos de la mort d’Abū Jaʿfar al-Ṭabarī : «Son décès survint au moment du coucher du soleil, le dimanche soir, alors qu’il restait deux jours avant la fin de Shawwāl de l’an 310 de l’Hégire. Il avait dépassé quatre-vingts ans, de cinq ou six ans, et son crâne comme sa barbe comptaient encore bon nombre de cheveux noirs. Il fut enterré chez lui, car certains parmi les gens du commun…»