(1)
Les cortèges avancent, et les regards demeurent fixés… sur ce roi dont l’augure est favorable. Il s’élève parmi les hommes : dans sa couronne brille une lune, et sur sa cuirasse on voit un lion aux griffes ensanglantées. Sa nature est douce, mais sa réalité est redoutable ; on pourrait compter les cailloux bien avant de pouvoir recenser ses hauts faits.
(2)
Parmi ses dires :
« Ô toi vers qui je me réfugie pour ce que j’espère,
Et vers qui je m’abrite face à ce que je redoute ;
Jamais les hommes ne pourront réparer un os que tu briserais,
Ni briser un os que tu réparerais. »
(3)
J’ai entendu rapporter de notre maître, le savant Abou al-‘Abbâs Ibn Taymiyya (qu’Allah lui fasse miséricorde), qu’il blâmait l’excès de ces vers d’al-Mutanabbî en déclarant : « Un tel propos ne convient qu’à l’égard de Dieu Très-Haut. » Le savant Shams ad-Dîn Ibn al-Qayyîm m’a par ailleurs informé qu’il avait entendu le shaykh dire : « Il m’arrive de réciter ces deux vers en état de prosternation. »
Et parmi ce qu’al-Hâfiẓ Abou al-Qâsim Ibn ‘Asâkir a transmis comme poésie d’al-Mutanabbî dans sa biographie, on trouve :
« M’as-tu donc vu d’un œil qui me tient pour nécessiteux envers toi ?
Tu m’as alors délaissé et précipité du haut des cimes.
Tu n’es pas à blâmer, c’est moi qu’il faut blâmer,
Car j’ai exposé mes besoins à un autre qu’au Créateur. »
(4)
Le cadi Ibn Khallikân dit à ce sujet : « Ces deux vers ne figurent pas dans son recueil, mais al-Hâfiẓ al-Kindî les a rapportés de lui par une chaîne de transmission authentique. »
Parmi ses autres vers :
« Si jamais tu risques ta vie pour un honneur convoité,
Ne te contente pas de ce qui est en-deçà des étoiles.
Le goût de la mort dans une chose insignifiante
Est semblable au goût de la mort dans une affaire grandiose. »
Et encore :
« Je ne recherche pas de pot-de-vin pour l’amour :
Car il est infâme d’aimer dans l’espoir d’une récompense. »