La course, la sphère céleste tournoyante, le jour et la nuit : en vérité, le mécréant est en danger. Poursuis ta voie (1) et suis les traces de ceux qui t’ont précédé parmi les envoyés, car Dieu, par ton intermédiaire, fera ployer quiconque s’égare dans Sa religion et s’éloigne de Sa voie.
Cela découle de son abandon (par Dieu) et de la multiplicité de ses divagations dans son « Coran ». S’il était resté fidèle à la rime dans l’éloge et la satire, il aurait compté parmi les plus doués des poètes et les plus éloquents des orateurs. Mais, poussé par son ignorance et son peu de raison, il voulut proférer des paroles semblables à celles du Seigneur de la terre et du ciel, dont rien ne saurait être comparable, ni dans Son Essence, ni dans Ses attributs, ni dans Ses actes ou paroles. Qu’Il soit exalté, Lui, le Créateur de toutes choses.
Lorsque sa renommée se répandit dans la région d’as-Samāwa et qu’un groupe d’insensés s’agrégea autour de lui, l’adjoint de Homs pour le compte des Banû al-Akhsîdh, à savoir l’émir Lu’lu’ – qu’Allah illumine son visage –, sortit à sa rencontre. Il le combattit, dispersa ses partisans, l’emprisonna (2) et le retint captif longtemps. Dans sa geôle, il tomba malade et fut près de périr. L’émir le fit alors comparaître, obtint de lui son repentir, et rédigea un acte sur lequel il reconnaissait la fausseté de ses prétentions et déclarait être revenu à la religion de l’islam. L’émir le libéra ensuite.
Par la suite, quand le sujet était évoqué, il niait autant qu’il le pouvait, ou bien s’en excusait, honteux. On l’affubla alors d’un surnom (3) révélant son mensonge dans les propos fallacieux et calomnieux qu’il avait proférés : celui de « Al-Mutanabbî » (le « pseudo-prophète »), indicateur de mensonge — qu’Allah en soit loué.
Quelqu’un l’a d’ailleurs satirisé en ces termes :
« Quel mérite y a-t-il pour un poète qui, matin et soir,
implore le secours d’autrui ?
Tantôt il vivait en vendant de l’eau à Kûfa,
Tantôt en vendant l’“eau du visage”. »
Al-Mutanabbî a un dîwân célèbre en poésie, renfermant des vers raffinés et des idées inédites ou novatrices, devançant tout ce qui avait existé jusque-là. Parmi les poètes de l’époque moderne, il est ce qu’Imru’ al-Qays fut chez les Anciens. Je possède d’ailleurs un exemplaire de son œuvre, écrit de sa main selon ceux qui s’y connaissent, et cela remonte à une époque antérieure.
Abou al-Faraj ibn al-Jawzî mentionne dans son « Al-Muntaẓim » de beaux fragments qu’il apprécia de ce dîwân, tout comme le grand hâfiẓ Abou al-Qâsim ibn ‘Asâkir, éminent savant de sa région et mémoire de son temps. Parmi ce qu’avait admiré le maître des prédicateurs, le shaykh Abou al-Faraj ibn al-Jawzî, on trouve ces vers d’al-Mutanabbî :
« Lourde est la peine de celui que font souffrir de grands yeux charmeurs,
Une affliction qui jadis emporta les amoureux.
Que celui qui le souhaite me regarde : mon apparence
Est un avertissement pour qui pense que l’amour est facile.
Son amour a coulé dans mon sang, irrigant mes articulations,
Si bien que je n’ai plus d’autre occupation qu’elle.
Mon corps n’a plus un seul cheveu épargné par la maladie :
Pas un n’en est exempt, car en chacun d’eux elle a laissé son empreinte. »