Tarse (Ṭarsūs) et al-Maṣṣīṣa furent touchées, avant cette calamité, par une très grande cherté et une épidémie sévère, au point que trois cents personnes y mouraient chaque jour. Puis ce grand malheur les frappa, et ils passèrent d’un martyre à un autre plus grand encore. Le roi des Byzantins décida de s’établir à Tarse afin d’être plus proche des terres musulmanes, puis il changea d’avis et se rendit à Constantinople, accompagné du Dumastaq, roi des Arméniens, qu’Allah les maudisse.
Il confia l’organisation du voyage des pèlerins (ḥajj) au naqīb (chef) des ṭālibiens et rédigea pour lui un décret confirmant sa charge et son autorité sur les pèlerins. Il s’agissait d’Abū Aḥmad al-Ḥasan ibn Mūsā al-Mūsawī (1), père d’al-Riḍī et d’al-Murtaḍā.
Cette année-là, la sœur de Muʿizz al-Dawla décéda. Le calife se rendit alors sur une « ṭayyāra » (2) pour lui présenter ses condoléances. Muʿizz al-Dawla baisa le sol devant lui et le remercia de sa venue et de ses aumônes.
Le 18 Dhū al-Ḥijja de la même année, les Rāfiḍites célébrèrent la fête de Ghadīr Khumm selon la coutume alors établie, comme nous l’avons déjà mentionné (3).
Et cette même année, un homme nommé Rashīq al-Nasīmī s’empara d’Antioche avec l’appui d’un certain Ibn al-Ahwāzī, lequel affermait les moulins. Il lui fournit de l’argent et l’incita à prendre Antioche, lui disant que Sayf al-Dawla était occupé à Mayyāfāriqīn et ne pouvait revenir à Alep. Ils parvinrent donc à prendre la ville, puis marchèrent avec leurs troupes contre Alep, où de violents combats les opposèrent au représentant de Sayf al-Dawla. Ils s’emparèrent de la cité, tandis que le délégué se retranchait dans la citadelle. Des renforts dépêchés par Sayf al-Dawla arrivèrent alors à Alep avec un de ses serviteurs nommé Bishāra. Rashīq fut mis en déroute, tomba de cheval, et certains Bédouins se précipitèrent sur lui, le tuèrent et emportèrent sa tête à Alep. Ibn al-Ahwāzī gagna alors Antioche, où il intronisa un Byzantin (4), appelé Wizīr, en tant qu’émir, et établit un ʿAlide comme calife, qu’il nomma « l’Ustādh ».
Le représentant d’Alep, Qargūya, se mit en marche contre lui et ils livrèrent un dur combat, mais Ibn al-Ahwāzī l’emporta et s’installa à Antioche. Lorsqu’il revint à Alep, Sayf al-Dawla n’y passa qu’une seule nuit avant de partir pour Antioche. [Ibn al-Ahwāzī vint alors à sa rencontre] (5) : une grande bataille s’ensuivit, au terme de laquelle le Wizīr et Ibn al-Ahwāzī furent vaincus et faits prisonniers ; Sayf al-Dawla ibn Ḥamdān (6) les exécuta.
Au cours de cette même année, un homme des Qarmates du nom de Marwān – qui assurait la surveillance des routes pour Sayf al-Dawla – fomenta une révolte à Ḥimṣ (Homs). Il s’empara de la ville et des environs. Une armée partit alors d’Alep, conduite par l’émir Badr, pour l’affronter. Ils luttèrent contre lui, et Badr lui décocha une flèche empoisonnée qui l’atteignit.