La fonction de juge fut alors confiée à Abū Bishr ʿUmar ibn Aktham, sans aucune rémunération. On supprima par ailleurs la charge annuelle dont l’avait grevé Ibn Abī al-Shawārib, et louange à Dieu pour cela.
Au mois de Dhu l-Ḥijja, les gens invoquèrent la pluie en raison du retard des précipitations, et cela se déroula en janvier.
Ibn al-Jawzī raconte dans son ouvrage « al-Muntaẓam », en citant l’historien Thābit ibn Sinān : « Des habitants de Mossoul, en qui j’ai confiance, m’ont rapporté qu’en l’an 352 (de l’Hégire), l’un des dignitaires arméniens envoya à Nāṣir ad-Dawla ibn Ḥamdān deux hommes arméniens siamois, âgés de vingt-cinq ans et barbus, accompagnés de leur père. Ils possédaient deux nombrils, deux ventres et deux estomacs, et ne ressentaient pas la faim au même moment. L’un s’intéressait aux femmes et l’autre préférait la compagnie des jeunes hommes. Il arrivait qu’ils se disputent et se querellent, au point que l’un d’eux jurait de ne plus parler à l’autre, et ils pouvaient rester plusieurs jours ainsi, puis ils se réconciliaient. Nāṣir ad-Dawla leur fit don de deux mille dirhams, leur offrit des robes d’honneur et les invita à embrasser l’islam ; on dit qu’ils se convertirent. Il voulut les envoyer à Bagdad pour que la population puisse les voir, puis renonça à cette idée. Ils retournèrent ensuite chez eux avec leur père. L’un d’eux tomba malade et mourut, dégageant une odeur de putréfaction ; l’autre ne pouvait s’en séparer, car ils étaient reliés par le flanc. Nāṣir ad-Dawla avait bien envisagé de séparer l’un de l’autre, convoquant pour cela les médecins, mais sans succès. Après la mort de l’un des deux, le père se trouva désemparé. Quant à l’autre, il tomba malade à cause de la peine que lui causait la puanteur de son frère décédé, jusqu’à en mourir. Ils furent alors enterrés ensemble dans une même tombe (1).
Parmi les notables décédés cette année-là, on compte ʿUmar ibn Aktham (2) ibn Aḥmad ibn Ḥayyān (3) ibn Bishr, surnommé Abū Bishr, al-Asadī, juriste shafiʿite. Il naquit en l’an quatre-vingt-quatre [et deux cents] (4). Il exerça la fonction de juge à l’époque de al-Muṭīʿ, en tant que suppléant d’Abū al-Sāʾib ʿUtba ibn ʿUbayd Allāh, puis il devint juge suprême (qāḍī al-quḍāt). Il fut le premier des shafiʿites, à l’exception d’Abū al-Sāʾib, à occuper ce poste. Son comportement comme juge fut louable. Il mourut au mois de Rabīʿ al-Awwal de cette même année (5).