Le bien-aimé de Sāmarrā arracha les portes de fer de la cité d’al-Manṣūr, ainsi que celles d’ar-Ruṣāfa et de son palais, pour les transporter dans sa propre demeure, mais il ne put en jouir longtemps.
Cette année-là, le juge Abū as-Sāʾib ‘Utba ibn ‘Abd Allāh (1) mourut et ses biens furent saisis. Après lui, le poste de juge revint à Abū [al-‘Abbās] (2) ‘Abd Allāh [ibn] (1) al-Ḥasan ibn Abī ash-Shawārib, qui s’engagea à verser chaque année deux cent mille dirhams à Mu‘izz ad-Dawla. Mu‘izz ad-Dawla lui offrit alors une robe d’honneur, et il rentra chez lui au son des grands tambours et trompettes, devenant ainsi le premier à “souscrire” la fonction de juge. Le calife al-Muṭī‘ lillāh ne l’autorisa cependant ni à se présenter en sa présence, ni à assister au cortège officiel en raison de cet arrangement. Puis, Mu‘izz ad-Dawla imposa le même procédé à la police (ash-shurṭa) et à la ḥisba (la supervision des marchés).
La même année, un convoi partit d’Antioche en direction de Tarse; il comptait dans ses rangs le représentant (nâʾib) de la ville. Les Byzantins les attaquèrent [et les capturèrent] (3) jusqu’au dernier, si bien que seul le représentant survécut, grièvement blessé à plusieurs endroits.
Dans le même temps, Najā, un serviteur de Sayf ad-Dawla, pénétra en territoire byzantin, y tua des hommes, fit des captifs, s’empara de butin et revint indemne.
Cette année-là encore, l’émir ‘Abd al-Malik ibn Nūḥ as-Sāmānī, souverain du Khorassan, tomba de cheval puis mourut de sa chute. Son frère Manṣūr ibn Nūḥ as-Sāmānī prit alors sa succession.
Ce fut également l’année du décès du nāṣir li-dīn Allāh, ‘Abd ar-Raḥmān al-Umawī (4), souverain d’al-Andalus au Maghreb. Son règne avait duré cinquante ans et six mois. Il mourut à l’âge de soixante-treize ans, laissant onze fils. Il avait la peau claire, un beau visage, un corps imposant, le dos long et les jambes courtes. Il fut le premier des Omeyyades installés au Maghreb à se parer du titre de « Commandeur des croyants » (amīr al-muʾminīn), après avoir appris la faiblesse des califes en Irak et la mainmise des Fâṭimides au Maghreb, et conserva ce titre vingt-trois ans jusqu’à sa mort. À son décès, son fils al-Ḥakam lui succéda sous le nom d’al-Mustanṣir. Parmi les fils du nāṣir se trouvait ‘Abd Allāh, adepte du madhhab shāfi‘ite, homme pieux et poète, qui resta très peu connu