Cette année-là correspondait à soixante-deux ans, et l’arrivée d’al-Muʿizz au Caire eut lieu en l’an trois cent soixante-deux, comme il sera précisé plus loin.
[Puis survint l’année trois cent quarante-neuf.]
En cette année, un homme originaire d’Adharbayjan, issu de la descendance de ʿIsa ibn al-Muktafi bi-llah, se fit connaître sous le titre d’al-Mustajîr bi-llah (« celui qui sollicite le secours de Dieu ») et appela à prêter allégeance aux membres de la famille de Muḥammad. Cela se produisit à cause de la corruption qui frappait alors la dynastie de Marzubān. De grands combats eurent lieu, puis les partisans d’al-Mustajîr furent défaits. Il fut capturé, mourut en captivité, et son mouvement s’éteignit. Louange à Dieu.
Cette même année, Sayf al-Dawla ibn Ḥamdān pénétra sur les terres byzantines : il tua un grand nombre de leurs habitants, conquit des forteresses, incendia de nombreuses régions, fit des prisonniers et s’empara d’un important butin, avant de prendre le chemin du retour. Toutefois, les Byzantins fermèrent le passage pour l’empêcher de repasser leurs lignes et massacrèrent ses troupes. Seuls trois cents de ses cavaliers purent s’échapper, au prix d’âpres difficultés.
Durant cette période, une grande discorde éclata à Bagdad entre les Râfidites et les Sunnites, et de nombreuses personnes furent tuées.
À la fin de cette année, Anûjûr (1) ibn al-Ikhshîd, gouverneur d’Égypte, mourut. Son frère ʿAlî (2) lui succéda.
Au cours de la même année, Abû al-Qâsim ʿAbd Allâh ibn Abî ʿAbd Allâh al-Barîdî, ancien maître d’al-Ahwâz et de Wâsiṭ, s’éteignit également.
Cette année-là, les pèlerins d’Égypte, de retour de La Mecque, firent halte dans une vallée où les surprit un torrent qui les emporta tous et les rejeta sans distinction jusque dans la mer.
Au cours de cette année, deux cent mille Kharkâ (3) parmi les Turcs embrassèrent l’islam. On les nomma alors « Turk Îmân » (les Turcs de la Foi), nom qui fut par la suite abrégé en « Turkmân ».
[Parmi les personnalités décédées cette année-là figurait :]
Jaʿfar ibn Ḥarb al-Kâtib (4). Il avait de grandes richesses, quasi dignes de l’apparat d’un vizir. Un jour qu’il passait à cheval en un cortège somptueux, il entendit quelqu’un réciter ce verset : « N’est-il pas temps pour ceux qui croient que leurs cœurs s’humilient à l’évocation de Dieu et à la vérité qui est descendue ? » (Coran 57 : 16). Il s’écria alors : « Oui, ô mon Dieu, il est temps ! », répéta ces paroles à plusieurs reprises, puis se mit à pleurer avant de mettre pied à terre et d’ôter ses vêtements. Il se jeta dans le Tigre et ne ressortit de l’eau qu’après avoir restitué tous les biens indûment acquis, pour les rendre à leurs ayants droit.