Il avait l’une des plus belles voix pour la récitation du Coran ; il arrivait même que les habitants de Kalwâdhî (1) entendent sa voix depuis Bagdad la nuit. Il accomplit une fois le pèlerinage en compagnie d’Abû al-Qâsim al-Baghawî. Lorsqu’ils arrivèrent à Médine, ils virent un cheikh aveugle qui racontait aux gens des récits inventés. Al-Baghawî déclara : « Il faut dénoncer cela. » Mais certains du groupe lui dirent : « Nous ne sommes pas à Bagdad, ici les gens ne te connaissent pas et ils sont nombreux. Il vaudrait mieux que tu demandes à Abû Bakr al-Adamî de réciter pour nous ici. »
Il entama alors la récitation, et les gens affluèrent aussitôt vers lui, abandonnant le cheikh aveugle au point que plus personne ne resta auprès de ce dernier. Le vieillard aveugle saisit la main de son guide et dit : « Emmène-moi d’ici, c’est ainsi que disparaissent les bienfaits (3). »
Son décès survint le mercredi, à deux nuits de la fin de Rabî‘ al-Awwal de cette même année, à l’âge de quatre-vingt-huit ans. Quelqu’un le vit en songe un certain temps après sa mort et lui demanda : « Qu’est-ce que ton Seigneur a fait de toi ? » Il répondit : « Il m’a fait comparaître devant Lui et j’ai subi de grandes difficultés. » Je lui dis : « Qu’en est-il pourtant de tes veillées, de tes stations (d’adoration) et de tes récitations ? » Il répliqua : « Rien ne m’a été plus nuisible que cela, car tout était accompli pour ce bas monde. » Je lui demandai : « Comment s’est finalement réglée ton affaire ? » Il me répondit : « Dieu – exalté soit Son Nom – m’a déclaré : “J’ai fait serment de ne pas châtier ceux qui ont atteint quatre-vingts ans.” »
Abû Muḥammad ‘Abd Allâh ibn Aḥmad ibn ‘Alî (4) ibn al-Ḥasan ibn Ibrâhîm Ṭabâṭabâ (5) ibn Ismâ‘îl ibn Ibrâhîm ibn al-Ḥasan ibn al-Ḥasan ibn ‘Alî ibn Abî Tâlib, hachémite, originaire d’Égypte, comptait parmi ses plus nobles personnalités, ses plus généreux bienfaiteurs et ses plus grands munificents. On préparait constamment des confiseries dans sa demeure, et il y avait toujours un homme occupé à concasser des amandes pour ces douceurs à sa porte, chaque jour. Les gens recevaient régulièrement ces sucreries de sa part : certains en recevaient quotidiennement, d’autres chaque semaine, d’autres encore chaque mois. Quant à Kâfûr al-Ikhshîdî, il recevait de lui quotidiennement deux plats et un pain raffiné (7).
Lorsque le calife al-Mu‘izz fît son entrée au Caire, il vint à sa rencontre et lui demanda : « De qui descends-tu dans la famille de la Maison (du Prophète) ? » Il répondit : « Pour cela, consulte les habitants du pays (8). » Une fois dans le palais, il convoqua les nobles et tira à demi son épée en disant : « Voici ma lignée », puis il dispersa de l’or et dit : « Et voici ma valeur. » Ils déclarèrent alors : « Nous avons entendu et nous obéissons. »
Il est plus exact de dire que l’auteur de ces paroles adressées à al-Mu‘izz fut soit le fils de cet homme, soit un autre šarîf, Dieu sait mieux. Quant à celui-ci, son décès eut lieu en