Alors que je me rendais à la demeure du roi, voilà que j’aperçois ce vieillard monté sur une bête chétive. Lorsqu’il me vit, il voulut descendre de sa monture, si bien que sa cuisse m’apparut, car il ne portait aucun pantalon et avait enfilé un soulier sans en avoir. En le voyant, je me rappelai le songe. Le roi le fit alors appeler et lui remit mille dinars et des vêtements. Il lui fixa pour sa fonction un traitement de deux cents dinars par mois et lui promit également des faveurs ultérieures. (1)
Il s’agit d’Ahmed ibn Muhammad ibn Ismaïl (2) ibn Ibrahim Tabâtabâ ibn Ismaïl ibn Ibrahim ibn Hassan ibn Hassan ibn [‘Ali] (3) ibn Abû Tâlib, le chérif hassanite ar-Rassî, membre d’une tribu de la noblesse. Connu sous le nom d’Abû al-Qâsim, il était Égyptien et poète, et fut naqîb al-ṭâlibiyyîn (responsable des descendants d’Abû Tâlib) en Égypte. Parmi ses poèmes, on trouve les vers suivants :
« Elle dit à la subtile vision qui m’a rendu visite avant de repartir :
“Par Dieu, décris-le-moi avec exactitude, sans rien omettre ni ajouter.”
Il répondit : “Je l’ai vu au point que, même s’il mourait de soif et que tu lui dises : ‘Attends, ne va pas vers l’eau !’, il ne s’y rendrait pas.”
Elle reprit : “Tu as dit vrai, car la loyauté est l’apanage de l’amour. Ah, quelle fraîcheur pour mon cœur que ces paroles !” »
Ibn Khallikân rapporte qu’il mourut dans la nuit du mardi, cinq jours avant la fin du mois de Sha‘bân de cette même année (4).
[Puis, arriva l’année 346 de l’Hégire]
Durant cette année, il y eut des troubles entre les habitants de Karkh et les partisans de la Sunna à propos des invectives échangées ; de nombreuses personnes furent tuées dans les deux camps. Au cours de la même année, la mer se retira d’environ quatre-vingts coudées – ou, dit-on, quatre-vingts brasses –, dévoilant des montagnes et des îles auparavant invisibles. Cette année-là se produisirent également en Irak, dans les régions de Rayy et du Jabal, à Qumm et alentour, de nombreuses secousses sismiques successives, durant près de quarante jours, qui cessaient puis reprenaient ; elles détruisirent nombre de bâtiments, asséchèrent plusieurs sources d’eau, et causèrent la mort d’un grand nombre d’habitants. Nous appartenons à Dieu et c’est vers Lui que nous faisons retour.
La même année, Mu‘izz ad-Dawla ibn Bûwayh se prépara à combattre Nâsir ad-Dawla ibn Hamdân, qui se trouvait à Mossoul. Nâsir ad-Dawla le contacta et s’engagea à lui faire parvenir chaque année une somme d’argent, [ce qui le fit rester silencieux à son sujet] (5). Mais bientôt, il se refusa à verser ce qu’il avait promis ; c’est pourquoi Mu‘izz ad-Dawla le prit pour cible l’année suivante, comme nous le verrons plus loin.