Il rapporta (des hadiths) d’al-Kudaymî, de Mûsâ ibn Sahl al-Washshâ’ et d’autres encore. Plusieurs personnes transmirent de lui, et le dernier ayant relaté de lui fut Abû ‘Alî ibn Shâdhân.
Il possédait une vaste science et un grand renoncement (zuhd). C’était un mémoriseur fiable, capable de réciter beaucoup de choses de mémoire, qu’il restituait avec précision. Cependant, en raison de la grande quantité de récits singuliers (gharâ’ib) qu’il rapportait, certains l’accusèrent en l’accablant de mensonge. Il lui arriva une affaire avec le juge (qâdî) Abû ‘Umar — dont il éduquait le fils — : il dicta sous forme de leçons trente questions, avec leurs attestations et preuves tirées de la langue arabe, et s’appuya pour certaines d’entre elles sur deux vers poétiques extrêmement rares. Le juge Abû ‘Umar présenta ces questions à Ibn Durayd, Ibn al-Anbârî et Ibn Miqsam, mais aucun d’eux n’en reconnut quoi que ce soit. Ibn Durayd déclara alors : « C’est Abu ‘Umar (le grammairien) lui-même qui les a composées. »
Lorsque Abû ‘Umar arriva, le juge lui rapporta les propos d’Ibn Durayd à son sujet. Abû ‘Umar demanda alors au juge de lui apporter les recueils de poésie arabe qui se trouvaient dans sa bibliothèque. Il s’appliqua ensuite à produire, pour chaque question, un témoignage après l’autre, jusqu’à ce qu’il eût confirmé l’intégralité des trente questions. Il ajouta : « Quant aux deux vers, c’est Tha‘lab qui nous les a récités alors que tu étais présent, et je les ai transcrits dans ton registre. » Le juge chercha alors ce registre, et il y trouva bien les deux vers. Quand cette histoire parvint à Ibn Durayd, celui-ci cessa de critiquer Abû ‘Umar al-Zâhid et ne le mentionna plus jusqu’à sa mort.
Abû ‘Umar décéda un dimanche, et fut inhumé le lundi treizième jour de Dhû l-Qa‘da. Il fut enterré dans la galerie qui fait face à la tombe de Ma‘rûf al-Karkhî à Bagdad.
Muhammad ibn ‘Alî ibn [Ahmad] ibn Rustum (Abû Bakr al-Mâdarâ’î), le secrétaire (al-kâtib), naquit en l’an 257 de l’Hégire (870-871) en Irak. Plus tard, il se rendit en Égypte avec son père et son frère Ahmad. Son père fut chargé du service des impôts (kharâj) par Khumârawayh ibn Ahmad ibn Tûlûn, et cet homme (c’est-à-dire Abû Bakr) devint ensuite l’un des chefs et notables de son époque.
Il entendit des hadiths d’Ahmad ibn ‘Abd al-Jabbâr et de ses contemporains. Al-Khatîb rapporte qu’il a dit : « Un vieil homme, jadis scribe, se tenait à ma porte, devenu inapte à exercer sa fonction. J’ai vu mon père en songe me dire : “Ô mon fils, ne crains-tu pas Dieu ? Tu es absorbé par tes plaisirs, tandis que des gens meurent de dénuement et de faim à ta porte. Voilà qu’un tel a vu son pantalon se déchirer et ne peut s’en procurer un autre. Ne néglige pas son affaire.” Puis je me suis réveillé terrifié, résolu à lui faire du bien ; mais je me suis rendormi, et à mon réveil, j’avais tout oublié de ce songe. »