Puis arriva l’année trois cent quarante-cinq (de l’Hégire). Au cours de celle-ci, Ruzbehân se rebella contre Muʿizz ad-Dawla et se réfugia dans la région d’al-Ahwâz. Ils furent bientôt rejoints par la plupart de ceux qui accompagnaient al-Muhallabî, lequel était en train de les combattre. Lorsque Muʿizz ad-Dawla apprit la nouvelle, il ne voulut pas y croire, car il avait comblé Ruzbehân de bienfaits et lui avait accordé une haute considération alors que celui-ci n’était auparavant qu’un homme insignifiant et peu connu.
Puis il s’avéra que l’information était exacte(1). Muʿizz ad-Dawla prit alors la route pour le combattre. Le calife al-Muṭîʿ li-llāh l’accompagna, par crainte de Nâṣir ad-Dawla ibn Ḥamdân, car on avait rapporté que ce dernier avait dépêché une armée avec son fils Abû al-Marja auprès de Bagdad, comptant s’en emparer en apprenant le départ de Muʿizz ad-Dawla de la ville. Alors, Muʿizz ad-Dawla dépêcha son chambellan Subuktakîn à Bagdad pour la défendre, tandis que lui-même se dirigea vers Ruzbehân. Les deux armées s’affrontèrent violemment, mais Muʿizz ad-Dawla l’emporta, dispersa les troupes adverses et captura Ruzbehân. Il le ramena à Bagdad comme prisonnier, dans un grand apparat, avant de l’enfermer. Par la suite, il le fit libérer de nuit avant de le noyer, craignant que les Daylam ne le libèrent de force de sa prison. C’est ainsi qu’on n’entendit plus parler ni de Ruzbehân ni de ses frères, dont la rébellion était pourtant si ardente qu’elle a été comparée à une flambée de feu. Les Turcs gagnèrent alors la faveur de Muʿizz ad-Dawla et, inversement, le prestige des Daylam diminua à ses yeux, car il avait découvert leur traîtrise dans l’affaire de Ruzbehân et de ses frères.
Cette même année, Sayf ad-Dawla pénétra en territoire byzantin, tua nombre de leurs soldats, prit des captifs et revint à Adhana, puis regagna Alep. Les Byzantins, exaspérés, rassemblèrent leurs forces, se dirigèrent vers Mayyâfâriqîn, y tuèrent (et commirent des pillages et des incendies) avant de rentrer – qu’Allah les maudisse. Ils embarquèrent ensuite par mer vers Ṭarsūs, où ils tuèrent mille huit cents personnes parmi ses habitants(2), s’emparèrent de captifs et incendièrent de nombreux villages.
Durant cette année, une violente secousse frappa Hamadhân : les maisons s’écroulèrent, le palais de Shîrîn se fissura sous l’effet de la foudre, et un très grand nombre de gens périrent sous les décombres. Que nous appartenions à Dieu et à Lui nous revenons.
Une grave discorde éclata aussi entre les habitants d’Iṣfahân et ceux de Qum, à cause des injures proférées contre les Compagnons (du Prophète) par les gens de Qum. Les habitants d’Iṣfahân se soulevèrent contre eux, tuèrent un grand nombre d’entre eux et pillèrent les biens des marchands. Rukn ad-Dawla, qui était chiite, se mit en colère contre ceux d’Iṣfahân par solidarité envers les gens de Qum, et il imposa de lourdes taxes aux habitants d’Iṣfahân.
Parmi les personnalités décédées cette même année(3) figure Ghulâm Thaʿlab, à savoir Muḥammad ibn ʿAbd al-Wâḥid ibn Abî Hâshim, Abû ʿUmar, l’ascète, connu comme Kulâm Thaʿlab.