Abou al-Khayr al-Tînâtî (1) : un adorateur et ascète (2).
Il était originaire du Maghreb et résidait dans un village appelé Tînât, relevant du district d’Antioche. Il était surnommé “al-Aqtaʿ” (l’Amputé), car il avait la main coupée. Un jour, il fit un pacte avec Dieu, puis le rompit. Il arriva qu’il fut arrêté parmi un groupe de voleurs dans le désert, alors qu’il s’y trouvait comme voyageur en quête de dévotion (3). On le prit avec eux, et sa main fut coupée en même temps que les leurs. On rapporte de lui des états spirituels et des miracles. Il tressait des feuilles de palmier d’une seule main. Un visiteur le surprit un jour en pleine activité et jura de ne le révéler à personne tant qu’il serait en vie ; il tint parole (4).
[Ensuite, nous entrâmes dans l’année 344 (de l’Hégire)]
Ibn al-Jawzî dit : « Cette année-là, un mal composé de sang, de bile et d’épidémie frappa la population de Bagdad, Wâsit, Ispahan et al-Ahwâz ; un grand nombre en mourut, à tel point qu’environ mille personnes décédaient chaque jour (5). »
La même année, une gigantesque invasion de sauterelles ravagea légumes, arbres et fruits (6). En muharram, Muʿizz al-Dawla conféra à son fils Abou Manṣour Bakhtiyâr le pouvoir de lui succéder au titre d’Émir des émirs (7).
Par ailleurs, un homme se manifesta en Adharbayjân, prétendant connaître l’inconnaissable. Il interdisait la consommation de viande et de tous produits animaux. Un jour, quelqu’un l’invita et lui servit un plat de “kashkiyya” contenant du gras, qu’il mangea. L’hôte, en présence des autres convives, l’interpella : « Tu prétends connaître l’inconnaissable, or ce plat contient du gras, chose que tu interdis. Pourquoi ne l’as-tu pas su ? » Dès lors, les gens se détournèrent de lui (8).
Pendant la même année, de nombreuses guerres éclatèrent entre al-Muʿizz le Fâtimide et le souverain andalou, ʿAbd al-Raḥmân al-Nâṣir al-Umawî ; Ibn al-Athîr en a donné un récit détaillé (9).