Al-Mahdî ʿUbayd Allâh (1), souverain du Maghreb, était alors âgé de trente-neuf ans. Son califat dura sept années et seize jours. C’était un homme avisé, courageux et redoutable, qui vainquit Abâ Yazîd le kharijite, réputé intrépide en bravoure, en audace et en endurance. Orateur éloquent, il improvisait ses discours sur-le-champ. La cause de sa mort fut un affaiblissement de la chaleur innée, pour une raison mentionnée par Ibn al-Athîr dans son «Kâmil» (2), ce qui prêta à controverse parmi les médecins.
Après lui, il confia le pouvoir à son fils al-Muʿizz al-Fâtimî, fondateur de la ville du Caire dite «al-Muʿiriyya» selon ce qui sera clarifié plus loin (3). Il se nommait Maʿadd, et avait alors vingt-quatre ans (4). Il était lui aussi courageux, avisé et ferme dans ses décisions. Une multitude de Berbères et d’habitants de cette région l’ont suivi. Il envoya son affranchi Jawhar, le général, qui bâtit pour lui Le Caire attenant à Miṣr et y érigea la résidence royale, correspondant aux deux palais qui s’y trouvent (5), le tout en l’an 364 de l’Hégire (6).
Abû Jaʿfar al-Marwurrudhî rapporte : « Je sortis avec lui (7) lorsqu’il défit Abâ Yazîd le kharijite. Alors que nous cheminions ensemble, sa lance tomba. Je descendis pour la ramasser et la lui tendis, puis je voulus plaisanter (8) en récitant ces vers du poète :
“Elle déposa son bâton et trouva la stabilité,
comme l’œil du voyageur qui s’apaise en rentrant.”
Il répondit : “Pourquoi n’as-tu pas plutôt cité la parole de Dieu le Très-Haut : ‘Et Nous inspirâmes à Moïse : Jette ton bâton; et le voilà qui...’ ?” »