Abu Nasr al-Farabi (1)
Muhammad ibn Muhammad : Abu Nasr al-Farabi, le philosophe turc. Il était l’une des personnes les plus versées en musique, au point de se servir de son art devant les auditeurs présents : s’il le voulait, il pouvait susciter chez eux le chagrin qui fait pleurer, ou la réjouissance qui fait rire, ou encore les endormir. Il était également habile en philosophie, et c’est dans ses ouvrages qu’Ibn Sīnā acquit ses connaissances. Al-Farabi professait l’idée d’une résurrection strictement spirituelle et non corporelle, réservant la résurrection aux âmes savantes, et non à celles qui demeurent ignorantes. Il détenait à ce sujet des opinions contraires à celles des musulmans et des philosophes parmi les anciens. Aussi, s’il est mort dans une telle croyance, qu’il subisse la malédiction du Seigneur des mondes.
Sa mort, selon ce qu’en rapporte Ibn al-Athīr dans son « Al-Kāmil » (2), eut lieu à Damas. Je n’ai pas trouvé que le hāfiẓ Ibn ʿAsākir l’ait mentionné dans son « Tārīkh », et Dieu est plus savant.
[Puis débuta l’année 340 de l’Hégire]
En cette année, le seigneur d’Oman se dirigea vers Bassora dans l’intention de s’en emparer, avec de nombreux navires. Pour le soutenir, Abū Yaʿqūb al-Hajarī se joignit à lui. Le vizir Abū Muḥammad al-Muhallabī leur en disputa l’accès et les repoussa. Il captura plusieurs de leurs compagnons et s’empara de bon nombre de leurs navires, qu’il conduisit sur le Tigre avant d’entrer à Bagdad dans un grand apparat. Louange à Dieu pour cela.
Au cours de cette année, on signala au vizir Abū Muḥammad al-Muhallabī le cas d’un homme appartenant aux disciples d’Abū Jaʿfar Muḥammad ibn ʿAlī ibn Abī al-ʿAzāqir, lequel avait été exécuté pour hérésie (zandaqa), tout comme al-Ḥallāj (3). On accusait cet homme de reprendre les mêmes revendications qu’Ibn Abī al-ʿAzāqir. Des ignorants de Bagdad avaient adhéré à ses propos, confirmant sa prétention à la divinité et croyant que les âmes des prophètes et des justes s’étaient transmises à eux. Dans sa demeure, on trouva des livres attestant de ces croyances. Lorsque l’on prit conscience de sa perdition, il prétendit être chiite afin d’obtenir la faveur de Muʿizz al-Dawla ibn Būyah, lequel aimait les Rāfidites – qu’il soit déshonoré par Dieu. Une fois cette imposture rendue publique, le vizir ne put sévir contre lui, par crainte pour sa propre personne de Muʿizz al-Dawla et de la réaction des chiites (5). « Nous appartenons à Dieu et c’est vers Lui que nous retournons. » Toutefois, on s’empara d’une partie de leurs biens, qualifiés de « biens des hérétiques ».
Ibn al-Jawzī rapporte que, durant le mois de Ramadan, éclata une grave sédition à cause des divergences doctrinales.