Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

« J’espérais obtenir ta bénédiction. » Alors Al-Khidr répondit : « J’atteste que je crois en Dieu ; je n’ai rien à te donner si ce n’est de te livrer ma personne, afin que tu me vendes. » Le pauvre dit : « Cela est-il raisonnable ? » Al-Khidr répondit : « Oui. En vérité, tu m’as demandé une chose considérable, mais je ne te décevrai pas devant mon Seigneur ; vends-moi. » L’homme l’emmena donc au marché et le vendit pour quatre cents dirhams. Al-Khidr demeura chez son acquéreur un certain temps, sans que ce dernier ne lui confie aucune tâche. Il lui dit alors : « Si tu m’as acheté, c’est pour tirer profit d’un bien que je possède ; assigne-moi plutôt un travail. » L’acheteur répondit : « Je crains de te surmener, car tu es un vieillard et tu es faible. » Al-Khidr déclara : « Tu ne me surmèneras pas. » L’homme accepta et lui dit : « Alors transporte ces pierres », habituellement déplacées par six personnes en une journée. Il partit pour s’occuper de ses affaires, puis revint et constata qu’Al-Khidr avait déplacé toutes les pierres en une heure. Il s’exclama : « Tu as bien fait ; tu as accompli ce que je te croyais incapable d’accomplir. »

Voici que l’homme dut s’absenter pour un voyage et déclara : « Je te considère comme un homme de confiance : veille convenablement sur ma famille en mon absence. » Al-Khidr répondit : « Donne-moi plutôt une tâche à faire. » L’homme rétorqua : « Je crains de te surmener. » Il entendit alors Al-Khidr dire : « Tu ne me surmèneras pas. » L’homme reprit : « Alors, prépare des briques pour ma maison jusqu’à mon retour. » Il partit en voyage, puis revint et découvrit que la construction était déjà achevée. Il s’écria : « Je t’en conjure par le visage de Dieu : qui es-tu et que t’est-il arrivé ? » Al-Khidr répondit : « Tu m’as interrogé par le visage de Dieu ; cette invocation m’a contraint à l’état d’esclave. Je vais te révéler qui je suis : je suis Al-Khidr, dont tu as entendu parler. Un pauvre m’avait demandé l’aumône alors que je n’avais rien à lui offrir. Il m’a alors sollicité “par le visage de Dieu” ; je me suis donc laissé prendre et il m’a vendu. Je t’informe que celui qui est prié par le visage de Dieu et repousse le mendiant bien qu’il ait la capacité de l’aider, se tiendra au Jour de la Résurrection avec seulement sa peau, dépourvue de chair et d’os, et fera un bruit de craquement (1). »

L’homme s’exclama : « Je crois en Dieu ! Je t’ai éprouvé sans le savoir, ô Prophète de Dieu. » Al-Khidr répondit : « Nul grief contre toi ; tu as bien agi et épargné. » L’homme poursuivit : « Par mon père et ma mère, ô Prophète de Dieu, rends ton jugement sur ma famille et mes biens comme il te plaira, selon ce que Dieu t’a inspiré. Ou bien je te laisse choisir, en te libérant de ton esclavage. » Al-Khidr dit : « Je préfère que tu me libères, pour que je puisse adorer mon Seigneur. » L’homme le libéra. Al-Khidr conclut : « Louange à Dieu qui m’a fait entrer dans la servitude avant de m’en délivrer. »

Ce hadith est rapporté au Prophète de manière erronée ; il est plus vraisemblable qu’il soit “mawqûf” (arrêté au niveau de certains prédécesseurs). Parmi les transmetteurs, certains sont inconnus, et Dieu sait mieux (3). Ibn al-Jawzî l’a mentionné dans son ouvrage “ʿUjâlat al-Muntaẓir fî Sharḥ Ḥâl al-Khiḍr” (4), selon la chaîne de ʿAbd al-Wahhâb ibn al-Ḍaḥḥâk (5), un narrateur abandonné, via Baqiyya. De même, l’hâfiẓ Ibn ʿAsâkir l’a rapporté en remontant à al-Suddî, qui affirme qu’Al-Khidr et Ilyâs étaient deux frères dont le père était roi. Ilyâs aurait alors dit à son père : « Mon frère Al-Khidr n’a aucun attrait pour la royauté ; si tu le mariais, peut-être en aurait-il un fils qui hériterait du royaume. »

(1) Yataqaqqaʿ : Il signifie "être troublé". (2) Fi B : Ton ordre. (3) Le hadith est rapporté comme étant attribué au Prophète ﷺ dans le grand dictionnaire al-Muʿjam al-Kabîr de al-Ṭabarānī (8/7530) et dans le Mukhtaṣar Tārīkh Dimashq (8/62-63). (4) Mentionné par Ḥājī Khalīfa dans Kashf al-Ẓunūn (1125). (5) ʿAbd al-Wahhāb ibn al-Ḍaḥḥāk al-ʿUrdī, Abū al-Ḥārith al-Sulamī, originaire de Ḥimṣ ; An-Nasāʾī dit : Il rapporte des choses merveilleuses. Ibn Ḥibbān a déclaré : Il n'est pas permis de faire appel à lui (comme preuve), ni de le citer qu'en tenant compte de ce fait. Il est mort en l'an 245 de l'Hégire. Les faibles et abandonnés selon An-Nasāʾī (69), les rejetés selon Ibn Ḥibbān (2/147-148) et al-Taqrīb (1/527).
ورجَوتُ البرَكَةَ عِندك. فقالَ الخضِر: آمنت باللهِ ما عِنْدي من شيء أعطيكه إلّا أنْ تأخذَنىِ فتبيعني. فقال المسكينُ: وهلْ يَستقيمُ هذا؟ قالَ: نعم. الحقَّ أقولُ لكَ، لَقَدْ سألتني بأمرٍ عظيم أمَا إني لا أُخَيّبكَ بوجه ربي، بعني. قال: فقدَّمه إلى السُّوقِ فباعه بأربع مئة درهم. فمكث عند المشتري زمانًا لا يَستَعملُه في شيء. فقال له: إنما ابتعتني التماسَ خيرٍ عندي؛ فأوصني بعملٍ. قال: أكرهُ أن أشُقَّ عليكَ إنكَ شَيخٌ كبيرٌ ضعيفٌ. قال: ليس تشق علَيَّ. قال: فانقلْ هذه الحجارةَ، وكان لا ينقلها دون ستةِ نفرٍ في يوم، فخرجَ الرجل لبعض حاجته، ثمّ انصرف وقد نقلَ الحجارة في ساعة. فقال: أحسنتَ وأجملتَ وأطقتَ ما لم أَرَكَ تُطيقه. ثمّ عرضَ للرجلِ سفرٌ فقال: إني أَحْسبك أمينًا فاخلُفني في أهلي خِلافةً حسنةً. قال: فأوصني بعملٍ. قال: إني أكره أن أشقَّ عليكَ. قال: ليس تَشُقُّ عليَّ. قال: فاضرب من اللَّبِن لبيتي حتى أقدم عليكَ. فمضى الرجْل لسفره، فرجَع وقد شُيِّد بناؤه، فقال: أسألك بوجه الله ما سبيلُكَ وما أمرك؟ فقال: سألتني بوجهِ اللهِ، والسؤالُ بوجهِ اللهِ أوقعني في العُبُودِية، سأُخبركَ مَنْ أَنَا، أنا الخضِر الذي سمعت به، سألني مسكينٌ صدقةً فلم يكن عندي من شيءً أُعطيه، فسألني بوجهِ اللهِ فأمْكَنْتُه من رَقَبَتي فباعني، وأُخبرُكَ أنه من سُئِل بوجهِ اللهِ فردَّ سائلَه وهو يقدر وقفَ يومِ القيامةِ جلْدُه لا لَحَم لَه ولا عظمَ يتقعقع (١) . فقالَ الرجل: آمنتُ باللهِ، شَقَقْتُ عليكَ يا نَبيَّ اللهِ ولم أعْلَم. فقالَ: لا بأسَ، أحْسَنْتَ وأبقَيتَ. فقال الرجلُ: بأبي وأمي يا نبي اللهِ احكُم في أهلي ومالي بما أراك (٢) الله، أو أُخيّرك فأُخلي سبيلك؟ فقال: أحِبُّ أن تُخليَ سبيلي فأعْبُدَ ربي. فخلّى سبيله. فقال الخضر: الحمدُ لله الذي أوْقَعَني في العبوديةِ ثمّ نجّاني منها". وهذا حديث رفْعُه خطأ، والأشبه أن يكون موقوفًا. وفي رجاله من لا يُعْرف، فالله أعلم (٣) . وقد رواه ابن الجوزي في كتابه (عُجالة المنتظِر في شرح حال الخضِر) (٤) من طريق عبد الوهاب بن الضحاك (٥) ، وهو متروك، عن بقية. وقد روكما الحاقظ ابن عساكر بإسناده إلى السُّدّي أن الخضو وإلياس كانا أخوين، وكان أبوهما ملِكًا، فقال إلياس لأبيه: أَن أخي الخضِر لا رغبة له في الملك فلو أنك زوجته لعل يجيء منه ولدٌ يكون المُلْكُ
(١) يتقعقع: يضطرب. (٢) في ب: أمرك. (٣) الخبر مرفوعًا إلى النبي ﷺ في المعجم الكبير للطبراني (٨/ ٧٥٣٠) وفي مختصر تاريخ دمشق (٨/ ٦٢ - ٦٣). (٤) ذكره حاجي خليفة في كشف الظنون (١١٢٥). (٥) عبد الوهاب بن الضحاك العُرْضي، أبو الحارث السُّلَمي من أهل حمص، قال النَّسائي: عنده عجائب. وقال ابن حِبّان: لا يحل الاحتجاج يه، ولا الذكر عنه إلا على جهة الاعتبار. مات سنة (٢٤٥ هـ). الضعفاء والمتروكين للنسائي (٦٩)، والمجروحين، لابن حبان (٢/ ١٤٧ - ١٤٨) والتقريب (١/ ٥٢٧).

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