La profusion de discours déshonore les savants et révèle les défauts des sots. Mais tiens-toi à la modération, car cela relève de la réussite et de la justesse. Détourne-toi des ignorants, diffère avec eux et fais preuve de patience envers les sots (1), car telle est la conduite des sages et l’ornement des savants. Si un ignorant t’insulte, garde le silence à son égard par indulgence et tiens-toi prudemment à distance, car ce qui demeurera de son ignorance et de ses injures à ton encontre sera plus grand et plus grave.
Ô fils d’Imran, ne pense pas que tu n’as reçu qu’une petite part de la science. Car l’excès (2) et la contrainte injustifiée sont issus de l’intrusion téméraire et de l’affectation. Ô fils d’Imran, ne force pas une porte dont tu ignores la fermeture, et ne ferme pas une porte dont tu ignores l’ouverture. Ô fils d’Imran, quiconque ne parvient pas à mettre un terme à sa convoitise du monde, dont le désir ne s’éteint pas, et qui rabaisse sa propre condition en accusant Dieu de ce qu’Il a décrété pour lui, comment pourrait-il être un ascète ? Est-ce que celui qui est dominé par sa passion peut s’abstenir de ses désirs (3) ? Ou comment la quête du savoir pourrait-elle lui être bénéfique alors qu’il demeure dans l’ignorance (4), puisqu’il prétend œuvrer pour l’au-delà tout en se livrant à ses penchants d’ici-bas ?
Ô Moïse, apprends ce que tu as appris pour le mettre en pratique et ne l’apprends pas seulement pour le transmettre, car il deviendrait ta perdition tandis qu’il servirait de lumière à autrui. Ô Moïse, fils d’Imran, fais de l’ascèse et de la piété ton vêtement, et du savoir et du rappel tes paroles. Multiplie les bonnes actions, car tu ne manqueras pas de commettre des fautes. Ébranle ton cœur par la crainte, car cela satisfait ton Seigneur. Fais le bien, car tu auras inévitablement à faire le mal. Tu as été exhorté, si seulement tu t’en souviens.
Il est dit : « Al-Khidr s’en alla, laissant Moïse dans la tristesse et l’angoisse, en larmes (5). »
Ce hadith n’est pas authentique. Je pense qu’il est l’œuvre de Zakariyya ibn Yahyâ al-Waqqâr al-Misrî, que plus d’un imam a démenti (6). Il est étonnant que le hāfiẓ Ibn ‘Asâkir soit resté silencieux à ce sujet.
Le hāfiẓ Abû Nu‘aym al-Aṣbahânî a déclaré : « Sulaimân ibn Aḥmad ibn Ayyûb al-Ṭabarânî nous a rapporté, ‘Amr ibn Isḥâq ibn Ibrâhîm ibn al-‘Alâ’ al-Ḥimṣî nous a rapporté, Muḥammad ibn al-Faḍl ibn ‘Imrân al-Kindî nous a rapporté, Baqiyyah ibn al-Walîd nous a rapporté d’après Muḥammad ibn Ziyâd, d’après Abû Umâmah, que le Messager de Dieu (que la paix et le salut de Dieu soient sur lui) dit à ses compagnons : “Ne voulez-vous pas que je vous parle d’al-Khiḍr ?” Ils répondirent : “Oui, ô Messager de Dieu.” »
Il dit : « Un jour, alors qu’al-Khiḍr marchait dans le marché des Fils d’Israël, un affranchi (7) l’aperçut et lui demanda : “Fais-moi l’aumône, que Dieu te bénisse.” Al-Khiḍr répondit : “Je crois en Dieu ; ce que Dieu veut se fera. Je n’ai rien à te donner.” Le mendiant lui rétorqua : “Je t’en supplie, par le visage de Dieu, fais-moi l’aumône, car j’ai vu le ciel dans ton visage.” »