Celui qui règne sur l’Azerbaïdjan est appelé «Asbahbadh», et celui qui règne sur Tabaristān est appelé «Ruslan» (1). C’est ce qu’a rapporté Ibn al-Jawzī dans son «Muntaẓim» (2).
Al-Suhaylī a dit : les Arabes appelaient celui qui régnait sur la Syrie et la Jazīra «Qaysar», celui qui régnait sur la Perse «Kisrā», celui qui régnait sur le Yémen «Tubbaʿ», celui qui régnait sur l’Abyssinie «al-Najāshī», celui qui régnait sur l’Inde «Baṭlīmūs», et celui qui régnait sur l’Égypte comme mécréant «Pharaon». Quant à celui qui régnait sur Alexandrie, on l’appelait «al-Muqawqis» (3). Il mentionna d’autres exemples encore. Sa mort survint à Damas, puis on transporta sa dépouille à Bayt al-Maqdis, où il fut inhumé, – qu'Allah lui fasse miséricorde –.
Abou Bakr al-Shiblī (4) était l’un des maîtres du soufisme. Les avis divergent quant à son nom : on a dit qu’il se nommait Dulaf ibn Jaḥdar, et d’autres ont avancé qu’il s’appelait Ibn Jaʿfar ibn Yūnas (5). Il était originaire d’un village appelé Shibliyya, situé dans la région d’Ushrusana au Khorassan. Il naquit à Sāmarrā ; son père était ḥājib al-ḥujjāb auprès du calife al-Muwaffaq (6), et son oncle fut gouverneur (nāʾib) d’Alexandrie. La conversion d’al-Shiblī eut lieu grâce à Khayr al-Nassāj (7) : il l’entendit prêcher et ses paroles touchèrent son cœur, si bien qu’il se repentit immédiatement.
Il avait suivi le madhhab (rite) malékite et compilé de nombreux ḥadith, avant de se tourner entièrement vers l’adoration et l’ascèse, abandonnant tout le reste et allant jusqu’à laver ses livres. Son père lui avait laissé une grande quantité d’or et des domaines, qu’il dépensa intégralement au profit des soufis et des nécessiteux.
Al-Shiblī raconta : «J’ai vu, au Yémen, le siège du pouvoir ; les gens affluaient devant sa porte. Le souverain se montra à eux par une lucarne et leur fit un signe de la main pour les saluer, et ils se prosternèrent devant lui. Puis je le revis plus tard au Shām (Syrie), en train d’acheter de la viande pour un dirham, qu’il tenait dans sa main. Je lui demandai : “Es-tu bien cet homme-là ?” Il répondit : “Oui. Que celui qui a vu cela et qui voit ceci ne méprise point ce monde !”»
Al-Shiblī aperçut un barbier faisant la saignée (ḥijāma) à l’un des soufis. Quand ce dernier eut terminé, al-Shiblī lui remit une bourse contenant quarante dinars, mais le barbier les refusa en disant : «Je n’ai agi qu’avec Dieu (Allah) ; je ne romprai pas mon engagement avec Lui pour ces dinars.» Alors al-Shiblī le frappa au visage et s’exclama : «Tout être humain est meilleur qu’al-Shiblī, jusqu’à ce barbier !»