Il demeura emprisonné jusqu’à son décès en l’an trente-huit, comme cela sera expliqué plus loin, où l’on mentionnera sa biographie (1).
Le califat d’al-Muṭīʿ lillāh
Lorsque Muʿizz al-Dawla arriva à Bagdad, il s’empara d’al-Mustakfī et on lui creva les yeux. On fit alors venir Abū al-Qāsim al-Faḍl ibn al-Muqtadir bi-llāh, qui s’était caché d’al-Mustakfī, lequel redoublait d’efforts pour le trouver, sans y parvenir. On raconte en outre qu’il aurait rencontré Muʿizz al-Dawla en secret et l’aurait incité à se dresser contre al-Mustakfī, aboutissant aux événements connus. Abū al-Qāsim ibn al-Muqtadir fut donc convoqué et investi calife sous le titre d’al-Muṭīʿ lillāh ; les émirs, les notables, Muʿizz al-Dawla et la foule lui prêtèrent allégeance. Le pouvoir du califat s’affaiblit alors considérablement, au point que le calife n’avait ni autorité, ni commandement, ni même de vizir. Il ne disposait que d’un scribe gérant le fief qui lui était attribué. Le gouvernement et la prise de décision, eux, relevaient exclusivement de Muʿizz al-Dawla.
Cela s’explique par le fait que les Banū Būyah et les Daylamites qui les accompagnaient étaient fortement chiites (2). Ils considéraient que les Banū al-ʿAbbās avaient usurpé le pouvoir aux dépens des ʿAlides, si bien que Muʿizz al-Dawla songea à transférer le califat aux ʿAlides. Il consulta ses proches, et tous l’y encouragèrent, à l’exception d’un seul, réputé pour sa clairvoyance, qui lui déclara : « Je ne te conseille pas de faire cela. » Il lui demanda : « Pourquoi donc ? » L’homme répondit : « Parce que celui-ci est un calife dont toi et tes hommes niez la légitimité. Si tu ordonnais de le tuer, tes hommes le tueraient sans hésiter. Mais si tu désignais un ʿAlide, toi et tes hommes croiriez en la validité de son autorité ; si jamais il ordonnait de te tuer, tes hommes te tueraient. » En comprenant cet argument, Muʿizz al-Dawla renonça à son premier projet, et il abandonna ce qu’il avait résolu de faire (3), par intérêt mondain, et non pour Dieu (– Exalté soit-Il –).
La guerre éclata ensuite entre Nāṣir al-Dawla ibn Ḥamdān et Muʿizz al-Dawla ibn Būyah. Après que Muʿizz al-Dawla et le calife al-Muṭīʿ se furent rendus à ʿUkbarā, Nāṣir al-Dawla entra dans Bagdad, s’empara de la rive orientale puis de la rive occidentale. La situation de Muʿizz al-Dawla et des Daylamites qui l’accompagnaient s’affaiblit alors. Mais ce dernier parvint à tromper Nāṣir al-Dawla et à prendre le dessus, ses troupes remportèrent la victoire et pillèrent Bagdad, ainsi que tous les biens qu’elles purent confisquer aux commerçants et autres. La valeur de tout ce qu’elles emportèrent s’éleva à dix mille mille (10 000 000) dinars. Par la suite, un accord de paix fut conclu entre Nāṣir al-Dawla et Muʿizz al-Dawla, et le fils de Ḥamdān retourna dans sa ville, al-Mawṣil. Quant à Muʿizz al-Dawla, il s’établit à Bagdad, la cité de la paix.
Il se mit alors à employer des courriers afin qu’ils transmettent ses nouvelles à son frère Rukn al-Dawla. Le peuple s’adonna massivement à ce service, allant jusqu’à enseigner à leurs enfants la manière de couvrir plus de trente parasanges en un jour. Il prit également plaisir à fréquenter les lutteurs, les pugilistes ainsi que d’autres adeptes de disciplines dont l’utilité reste très limitée (4).