Parmi les gens, certains se trouvaient sous les décombres, et de nombreux bains publics et mosquées furent abandonnés, faute de fréquentation. La valeur des biens immobiliers chuta au point que l’on vendait pour un dirham ce qui valait précédemment un dinar, et la plupart des maisons furent désertées. Les propriétaires proposaient alors une somme à quiconque acceptait de les habiter, afin de les prémunir contre les intrus venus saccager ces demeures. Les attaques nocturnes de voleurs se multiplièrent, au point que les habitants se montaient la garde à l’aide de cors et de tambours. Les troubles se répandirent de toute part. Nous appartenons à Dieu et c’est à Lui que nous retournons, et nous cherchons refuge auprès de Dieu contre la malice de nos âmes et les conséquences de nos mauvaises actions.
Au mois de Ramadan de cette même année, eut lieu la mort (1) de Abou Tâhir Souleymân ibn Abî Sa‘îd al-Hasan al-Jannâbî (2) al-Hajarî (3) al-Qarmâtî, chef des Qarmates — que Dieu le maudisse. C’est lui qui massacra les pèlerins aux abords de la Ka‘ba et en son enceinte, s’empara de son revêtement (4), de sa porte et de ses ornements, et arracha la Pierre noire de l’un de ses angles pour l’emporter chez lui à Hajar. Cette pierre y demeura durant tout ce temps, à partir de l’année 317, comme nous l’avons mentionné (5). Ce ne fut qu’en l’an 339, comme nous le verrons (6), que ces infâmes la restituèrent.
Lorsque Abou Tâhir mourut, ses trois frères prirent la tête des Qarmates après lui : Abou al-‘Abbâs al-Fadl, Abou al-Qâsim Sa‘îd et Abou Ya‘qûb Youssouf, fils d’Abî Sa‘îd al-Jannâbî — que Dieu les maudisse. Abou al-‘Abbâs était de constitution fragile, et se consacrait à la lecture de livres, tandis qu’Abou Ya‘qûb se tournait vers la distraction et le divertissement. Cependant (7), les trois hommes ne formaient qu’une seule voix et ne divergeaient sur rien. Ils avaient également sept ministres unis dans leur dessein, que Dieu les enlaidisse tous.
Au mois de Shawwâl de cette même année, Abou ‘Abd Allâh al-Barîdî rendit l’âme, comme nous l’avons déjà mentionné, et les musulmans furent ainsi débarrassés et de lui et d’un autre. [Parmi ceux qui moururent cette année figurait également] Abou al-‘Abbâs ibn ‘Uqda l’historien (8), Aḥmad ibn Muḥammad ibn Sa‘îd ibn ‘Abd al-Raḥmân, Abou al-‘Abbâs al-Kûfî.