Pendant l’absence de Tūzūn à Wāsiṭ, Muʿizz al-Dawla ibn Būyah s’y rendit avec une multitude nombreuse de Daylamites. Alors Tūzūn descendit en hâte vers Wāsiṭ. Ils s’affrontèrent pendant une quinzaine de jours, et, à l’issue des combats, Muʿizz al-Dawla fut vaincu. Ses provisions furent pillées, un grand nombre de ses soldats furent tués et plusieurs notables de ses compagnons furent faits prisonniers.
Tūzūn fut de nouveau en proie à ses crises d’épilepsie, ce qui le mit dans l’impossibilité de poursuivre les opérations, et il retourna à Bagdad.
Cette même année, Abū ʿAbd Allāh al-Barīdī tua son frère Abū Yūsuf. La raison en était qu’Abū ʿAbd Allāh voyait ses ressources financières diminuer et empruntait à son frère, lequel ne lui prêtait que de faibles sommes, tout en le blâmant et en critiquant sa gestion. Les soldats se tournèrent alors du côté d’Abū Yūsuf et délaissèrent Abū ʿAbd Allāh. Celui-ci craignit qu’ils ne prêtent allégeance à son frère et ne l’abandonnent. Il envoya donc un groupe de ses serviteurs pour assassiner Abū Yūsuf par traîtrise. Il s’installa ensuite dans la demeure de ce dernier et s’empara de tous ses biens et de sa fortune, dont la valeur approchait trois mille milliers (1) de dinars. Il ne vécut cependant que huit mois après ce meurtre, durant lesquels il souffrit d’une violente fièvre jusqu’à sa mort, au mois de Shawwāl de la même année. Son frère Abū al-Ḥusayn – qu’Allah le flétrisse – prit alors les rênes du pouvoir et se conduisit mal envers ses hommes, qui se révoltèrent contre lui. Il se réfugia alors auprès des Qarmates, à qui il demanda asile, tandis qu’Abū al-Qāsim ibn Abī ʿAbd Allāh al-Barīdī exerçait à son tour le pouvoir sur Wāsiṭ, al-Baṣra et plusieurs contrées avoisinantes d’al-Ahwāz et d’autres régions.
Quant au calife al-Muttaqī li-Llâh, il constata, alors qu’il séjournait chez les Banū Ḥamdān à al-Mawṣil, qu’ils se lassaient de sa présence et souhaitaient s’en séparer. Il écrivit donc à Tūzūn pour solliciter la réconciliation. Tūzūn réunit alors les juges (quḍāt) et les notables de Bagdad, lut devant eux la lettre du calife et y répondit par l’obéissance et la reconnaissance de son autorité. Il lui prêta serment de fidélité et rédigea un engagement pour reconnaître au calife et à ses proches l’honneur et le respect qui leur étaient dus. Il en résulta le retour du calife et son entrée dans Bagdad, dont il sera question l’année suivante.
Cette année-là, un groupe de Zūs se présenta par la mer dans la région d’Aḏarbayjān. Ils attaquèrent Barḏaʿa et l’assiégèrent ; lorsqu’ils l’eurent conquise, ils en exterminèrent tous les habitants, s’emparèrent de leur fortune et réduisirent en captivité les femmes qui leur plurent. Ils se dirigèrent ensuite vers Marāġa, où abondaient les récoltes dont ils se nourrirent. Mais ils furent frappés d’une épidémie qui causa la mort de la plupart d’entre eux. Chaque fois que l’un d’eux mourait, ils l’enterrèrent avec ses armes et son argent, ce dont les Musulmans purent disposer ensuite. Al-Marzubān ibn Muḥammad s’avança contre eux, leur livra bataille et en tua un grand nombre, s’ajoutant aux pertes déjà dues à la maladie, de sorte que Dieu purifia cette région de leur présence.
Au mois de Rabīʿ al-Awwal de la même année, le Damistuq (roi des Byzantins) arriva à Raʾs al-ʿAyn (2) avec quatre-vingt mille hommes, y pénétra, la pilla, massacra ses habitants et réduisit en esclavage environ quinze mille personnes. Il y demeura trois jours, puis les tribus bédouines l’attaquèrent de toutes parts et lui livrèrent un combat acharné jusqu’à ce qu’il se retirât de la ville.
En Jumādā al-Awwal, les prix grimpèrent énormément à Bagdad et la pluie tomba en abondance, provoquant des effondrements de bâtiments et causant de nombreuses victimes.
(1) C’est-à-dire trois millions de dinars.
(2) Raʾs al-ʿAyn est une localité située dans la région frontière avec l’Empire byzantin à l’époque.