Se rendant à Bagdad, la nouvelle parvint à son frère Nâsir al-Dawla Abû Muḥammad al-Ḥasan ibn ‘Abd Allâh ibn Ḥamdân (1), surnommé « l’Émir des émirs » à Bagdad. Celui-ci quitta alors Bagdad pour Mossoul, et sa demeure de Bagdad fut pillée. L’émirat de Nâsir al-Dawla à Bagdad avait duré treize mois et cinq jours. Son frère Sayf al-Dawla arriva à Bagdad après son départ, s’installa à Bâb Ḥarb, et demanda au calife de lui fournir des fonds afin de se renforcer pour combattre Tuzun. Le calife lui envoya quatre cent mille dirhams, qu’il distribua à ses compagnons. Lorsqu’il apprit l’arrivée de Tuzun, il quitta Bagdad, et ce dernier y fit son entrée le vingt-cinquième de Ramadan : al-Muttaqî le combla d’honneurs et le nomma Émir des émirs, établissant ainsi son autorité dans la ville.
À ce moment-là, Abû ‘Abd Allâh al-Barîdî retourna à Wâsiṯ et en expulsa les partisans de Tuzun qui s’y trouvaient. Un serviteur de Sayf al-Dawla, nommé Thumâl, se trouvait prisonnier chez Tuzun ; celui-ci le libéra et l’envoya à son maître, ce qui fut très bien accueilli par les Banû Ḥamdân.
Cette année-là, une violente secousse tellurique se produisit au pays de Nasâ, provoquant l’effondrement de nombreuses constructions et causant la mort de nombreuses personnes.
Ibn al-Jawzî rapporte : « En (le mois de) Aylûl (septembre) et Tishrîn (octobre), il fit une chaleur étouffante à Bagdad. Au mois de Ṣafar, on apprit l’invasion des Byzantins dans Arzan et Mayyâfâriqîn, qui furent pillées et incendiées (2). »
Au mois de Rabî‘ al-Âkhir de cette même année, fut célébré le contrat de mariage d’Abû Mansûr Ishâq, fils du calife al-Muttaqî li-llâh, avec la ‘Alawiyya, fille de Nâsir al-Dawla Abû Muḥammad ibn Ḥamdân (3), pour une dot de cent mille dinars et un million de dirhams. Abû ‘Abd Allâh Muḥammad ibn Abî Mûsâ al-Hâshimî présida au contrat au nom de la mariée, sans la présence de Nâsir al-Dawla. Celui-ci fit frapper une monnaie où il ajouta dans l’inscription : « Serviteur de la Famille de Muḥammad » (4).
Ibn al-Jawzî poursuit : « En Âdhâr (mars) de cette année, les prix flambèrent au point que les gens se mirent à manger les chiens. La peste se déclara parmi la population. Une multitude de sauterelles affluèrent, si bien que l’on vendait cinquante livres de ces insectes pour un dirham. Les gens purent ainsi profiter de cette manne en période de cherté (5). »
Au cours de cette même année, le roi des Byzantins envoya un courrier au calife pour réclamer un voile conservé dans l’église d’al-Ruhâ, dont le Christ, après s’être essuyé le visage, y aurait laissé l’empreinte de ses traits. Il promit aux musulmans que si ce voile lui était envoyé, il libérerait un grand nombre de prisonniers musulmans. Le calife consulta alors les ‘ulamâ’, dont certains jugèrent que les musulmans étaient plus légitimes qu’eux à posséder la relique de ‘Îsâ (Jésus), et que l’envoyer à l’ennemi porterait atteinte (6) aux croyants et les affaiblirait. C’est alors que ‘Alî ibn ‘Isâ, le vizir, déclara : « Ô Émir des croyants, la libération de captifs… »