La ville de Mossoul se renforça grâce à eux, et Nâsir ad-Dawla gagna ainsi en puissance. Lui et le calife al-Muttaqî li-llâh se mirent alors en route vers Bagdad.
[Lorsqu’ils approchèrent de la ville, Abû al-Ḥusayn al-Barîdî s’enfuit, et le calife al-Muttaqî li-llâh entra dans Bagdad] (1) en compagnie des Banû Ḥamdân, à la tête de nombreuses troupes, et cela eut lieu au mois de Shawwâl de cette année. Les musulmans en furent très heureux. Le [calife] (2) envoya chercher sa famille – qu’il avait auparavant fait partir à Sâmarrâ’ – et les ramena. Les notables de la ville, qui l’avaient quittée, revinrent à Bagdad. Le calife rappela Abû Isḥâq al-Qarârîṭî (3) au poste de vizir, nomma Tuzun à la tête de la police des deux rives de Bagdad, et Nâsir ad-Dawla envoya son frère Sayf ad-Dawla à la poursuite d’Abû al-Ḥusayn al-Barîdî, lequel fut rattrapé à al-Madâ’in. Là, ils livrèrent plusieurs jours de violents combats, puis finalement Abû al-Ḥusayn s’enfuit auprès de son frère à Wâsiṭ. Nâsir ad-Dawla se rendit lui-même jusqu’à al-Madâ’in pour soutenir son frère. Sayf ad-Dawla avait été mis en déroute une fois par Abû al-Ḥusayn, mais son frère le renvoya au combat, renforcé d’autres troupes, jusqu’à ce qu’il vainquît al-Barîdî, capturant plusieurs notables de son entourage, et causant de nombreuses pertes parmi ses rangs. Par la suite, il envoya son frère Sayf ad-Dawla à Wâsiṭ pour affronter Abû ‘Abd Allâh al-Barîdî, qui fut défait, lui ainsi que son frère, et ils s’enfuirent vers al-Baṣra. Sayf ad-Dawla s’empara de Wâsiṭ. Ce qui advint ensuite de son affaire avec al-Barîdî l’année suivante sera relaté, si Dieu le veut.
Quant à Nâsir ad-Dawla, il revint à Bagdad et y entra le treizième jour de Dhû al-Ḥijja, précédé de prisonniers chevauchant des bêtes de somme. Les habitants se réjouirent et se sentirent rassurés. Il régla alors les affaires publiques et corrigea la norme du dînâr, qu’il trouva modifiée par rapport à ce qu’elle était auparavant. Il fit frapper de nouvelles pièces appelées “al-ibrîziyya”, chacune valant treize dirhams, tandis que les anciennes ne se vendaient que dix.
Par ailleurs, le calife démit Badr al-Kharshanî de la charge de chambellan et la confia à Salâma al-Tûlûnî, tout en plaçant Badr sur la route du Euphrate. Celui-ci se rendit auprès de l’Ikhshîd, qui l’honora et le nomma son représentant à Damas, où il mourut.
Au cours de cette année, les Byzantins s’approchèrent d’Alep, tuèrent une multitude de personnes et capturèrent près de quinze mille âmes – nous appartenons à Dieu et c’est vers Lui que nous revenons.
Cette même année, ath-Thanmalî quitta Ṭarsûs pour pénétrer dans le territoire byzantin, où il combattit, tua, fit des prisonniers et s’empara d’un important butin, avant de revenir sain et sauf, capturant beaucoup de leurs dignitaires célèbres. Louange à Dieu pour cette grâce et ce bienfait.
[Parmi les notables décédés au cours de cette même année, on compte] Isḥâq ibn Muḥammad Abû Ya‘qûb (4) an-Nahrajûrî (5), l’un des grands maîtres du soufisme.