Les mystères prophétiques incluent ce que Dieu n’a pas révélé à Moïse, le porte-parole, noble prophète des Enfants d’Israël. C’est précisément selon ce mode de raisonnement qu’ar-Rummânî (1) a établi l’argument en faveur de la prophétie d’al-Khidr (– paix sur lui –).
Troisièmement, al-Khidr s’est avancé pour tuer ce jeune garçon, et il ne l’a fait que sur la base de la révélation reçue du Souverain Omniscient. Voilà un argument autonome prouvant sa prophétie et un signe évident de son infaillibilité. En effet, il n’est pas permis au saint (walî) de s’en prendre à la vie d’autrui uniquement sur ce qui peut lui venir à l’esprit, car son inspiration n’est pas infaillible : l’erreur demeure possible chez lui, de l’avis unanime. Or, si al-Khidr a tué ce jeune garçon qui n’avait pas encore atteint la puberté, c’est parce qu’il savait qu’une fois adulte, celui-ci deviendrait mécréant et entraînerait ses parents dans la mécréance, tant ils l’aimaient et l’auraient suivi dans son égarement. Ainsi, le tuer présentait un grand intérêt l’emportant sur le fait de le laisser en vie, car il préservait les parents de la mécréance et de ses conséquences. Cela prouve donc la prophétie d’al-Khidr et atteste qu’il est soutenu par Dieu dans son infaillibilité.
J’ai constaté que le cheikh Abou al-Faraj ibn al-Jawzî avait également emprunté ce même raisonnement pour affirmer la prophétie d’al-Khidr et l’avait validé, tout en rapportant que c’était aussi l’argument d’ar-Rummânî.
Quatrièmement, lorsque al-Khidr expliqua à Moïse le sens de ses actes, les expliqua clairement et révéla leur raison, il conclut ensuite : « (…) c’est une miséricorde de la part de ton Seigneur et je ne l’ai pas fait de mon propre chef » (Sourate al-Kahf, verset 82), c’est-à-dire qu’il n’a rien accompli de lui-même mais qu’il en avait reçu l’ordre et la révélation. Tous ces aspects prouvent sa prophétie. Cela n’empêche pas qu’il ait aussi la sainteté (walâya), ni même qu’il puisse être envoyé comme messager, selon l’avis d’autres auteurs.
Quant à l’hypothèse selon laquelle al-Khidr serait un ange, c’est une opinion fort étrange. Une fois établie sa prophétie – comme nous l’avons expliqué –, il ne subsiste aucune base ni argument à ceux qui soutiennent sa seule sainteté et prétendent que le saint pourrait accéder à la vérité des choses à la différence de ceux qui suivent la Loi révélée (2).
S’agissant de savoir s’il est toujours vivant à notre époque, l’opinion majoritaire veut qu’il soit encore en vie de nos jours. Certains avancent qu’il aurait enterré Adam après la sortie du Déluge et aurait bénéficié ainsi de l’invocation de son père Adam pour une longue vie. D’autres rapportent qu’il aurait bu à la Source de la vie et vécu depuis lors sans interruption. Ils s’appuient sur divers récits pour prouver qu’il demeure vivant jusqu’à présent, récits que nous mentionnerons ultérieurement, si Dieu le veut et en Lui est notre confiance (3).
Telle est l’exhortation qu’il adressa à Moïse lorsqu’il déclara : « C’est ici que se séparent nos routes » (Sourate al-Kahf, verset 78).