Au mois de Chaʿbân de cette année, la situation s’aggrava de nouveau : les maisons furent pillées et leurs habitants attaqués de jour comme de nuit. Les soldats d’al-Braydî sortirent pour s’emparer des récoltes des villages et du bétail, et l’injustice fut telle qu’on n’en avait jamais entendu parler. « Nous appartenons à Dieu et c’est vers Lui que nous retournons » (1).
Ibn al-Athîr dit : « Nous rapportons ces faits pour que les oppresseurs sachent que leurs agissements sont divulgués et préservés au fil du temps (2). Peut-être renonceront-ils à l’injustice pour cette raison, s’ils ne l’abandonnent pas par crainte de Dieu (3). »
Le calife, alors à Bagdad, dépêcha un émissaire auprès de Nâṣir ad-Dawla ibn Ḥamdân, gouverneur de Mossoul et de la Djezireh, afin de solliciter son aide et de lever une armée (4) contre al-Braydî. Nâṣir ad-Dawla envoya alors son frère, Sayf ad-Dawla ʿAlî, à la tête d’une grande troupe. Lorsqu’ils atteignirent Tikrît, ils trouvèrent que le calife et Ibn Râʾiq avaient déjà fui ; Sayf ad-Dawla revint donc avec eux vers son frère. En chemin, il rendit un remarquable service au calife al-Muttaqî li-llâh. À leur arrivée à Mossoul, Nâṣir ad-Dawla quitta la ville pour camper à l’est de celle-ci. Il dépêcha des présents et des victuailles, mais n’osa pas se rendre (6) lui-même auprès du calife, craignant un piège de la part d’Ibn Râʾiq, le gouverneur d’Irak et du Shâm.
Le calife envoya donc son fils Abû Manṣûr, accompagné d’Ibn Râʾiq, rendre visite à Nâṣir ad-Dawla. Une fois arrivés, ce dernier (6) ordonna que l’on répande de l’or et de l’argent sur la tête du fils du calife. Ils s’assirent un moment, puis se levèrent pour partir. Tandis que le fils du calife montait à cheval, Ibn Râʾiq voulut l’imiter, mais Nâṣir ad-Dawla déclara : « Reste aujourd’hui avec moi afin que nous discutions de la conduite à tenir. » Ibn Râʾiq s’excusa, prétextant la présence du fils du calife, puis, soupçonnant un piège, tenta de s’éclipser. Ibn Ḥamdân l’agrippa par la manche ; Ibn Râʾiq se libéra d’une violente secousse qui déchira sa manche, enfourcha rapidement son cheval et chuta de sa monture. Alors, Nâṣir ad-Dawla donna l’ordre de l’exécuter, et il fut mis à mort le lundi, sept jours avant la fin du mois de Rajab de cette année. Le calife fit aussitôt venir Ibn Ḥamdân, le couvrit d’un vêtement d’honneur et lui attribua ce jour-là le titre de « Nâṣir ad-Dawla », tout en le nommant émir des émirs. Il offrit également ce même jour à son frère Abû l-Ḥasan ʿAlî le titre de « Sayf ad-Dawla ».
Lorsque la nouvelle de la mort d’Ibn Râʾiq parvint au souverain d’Égypte, l’Ikhshîd Muḥammad ibn Ṭughj, celui-ci se mit en route vers Damas et la reprit de Muḥammad ibn Yazdâd, gouverneur d’Ibn Râʾiq, sans rencontrer la moindre résistance. Quand la nouvelle de sa mort parvint à Bagdad, la plupart des Turcs quittèrent Abû l-Ḥusayn al-Braydî, en raison de sa mauvaise conduite et de ses intentions perfides – que Dieu le défigure – et ils se rallièrent au calife et à Ibn Ḥamdân.