Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Bujkum al-Turki (1), qui exerça la fonction d’émir des émirs à Bagdad avant les Banû Bûyah, était un homme avisé qui comprenait l’arabe sans toutefois le parler. Il disait : « Je crains de commettre une erreur, et l’erreur du chef est disgracieuse. » Malgré cela, il aimait la science et ses gens, et il possédait de grandes richesses dont il faisait beaucoup d’aumônes. Il entreprit de construire un bîmâristân (hôpital) à Bagdad, mais ne put mener ce projet à terme, si bien que ‘Adud ad-Dawla ibn Bûyah le reprit et l’acheva. Bujkum (2) affirmait : « La justice est plus profitable au souverain dans ce monde et dans l’au-delà. »

On raconte qu’il enfouissait d’importantes sommes d’argent dans les déserts. Lorsqu’il mourut, on ne sut pas où elles se trouvaient. Les compagnons d’al-Râdî s’étaient rendus auprès de Bujkum, alors qu’il se trouvait à Wâsit, ayant conclu avec lui un accord de huit cent mille dinars. Ils veillaient en sa compagnie comme ils l’auraient fait avec le calife, mais il ne comprenait pas la plupart de leurs propos. C’est le médecin Sinân ibn Thâbit as-Sâbi’ qui veilla à améliorer son état ; il adoucit son caractère, améliora sa conduite et réduisit sa sévérité. Toutefois, il ne vécut pas longtemps après cela.

Un jour, un homme entra auprès de lui et le sermonna, ce qui le fit pleurer ; Bujkum ordonna donc de lui donner mille dirhams. Le serviteur partit pour les lui remettre. Alors Bujkum dit à ses proches : « Je crois qu’il ne les acceptera pas : cet homme se consacre à l’adoration ; que ferait-il de cet argent ? » Puis le serviteur revint sans rien. Bujkum lui demanda : « A-t-il accepté ? » Il répondit : « Oui ! » Bujkum déclara : « Nous sommes tous des pêcheurs, mais nos filets diffèrent. »

Il mourut le neuvième jour avant la fin de Rajab, cette même année. La cause de sa mort fut qu’il était sorti chasser et rencontra un groupe de Kurdes dont il sous-estima la force ; ils l’attaquèrent, et l’un d’eux le frappa et le tua. Son gouvernement sur Bagdad dura deux ans, huit mois et neuf jours. Il laissa derrière lui des sommes d’argent et des réserves dépassant les deux millions de dinars, que al-Mut­taqî li-Llâh s’appropria intégralement.

Abû Muhammad al-Barbahârî le prédicateur (3) : il s’agit de al-Hasan ibn ‘Alî ibn Khalaf, Abû Muhammad al-Barbahârî, le savant ascète, le jurisconsulte hanbalite et prédicateur. Il fut le compagnon de al-Marrûdhî et de Sahl at-Tustarî, et il refusa l’héritage de son père — qui s’élevait à soixante-dix mille — en raison d’une chose qu’il désapprouvait. Il se montrait très ferme envers les gens d’innovation et de désobéissance, et jouissait d’un grand prestige auprès des élites comme du peuple.

Un jour, alors qu’il prêchait les fidèles, il éternua et tous ceux qui étaient présents le saluèrent pour son éternuement. Ceux qui entendirent la scène firent de même, jusqu’à ce que cette acclamation gagne tous les habitants de Bagdad, provoquant un tel vacarme qu’elle parvint jusqu’au palais du calife. Celui-ci en fut jaloux ; certains membres de l’appareil d’État parlèrent contre lui, si bien qu’il fut placé sous mandat d’arrestation et dut se cacher chez la sœur

(1) Akhbār al-Rāḍī d'al-Ṣūlī (pp. 193-197) ; al-Muntaẓam (6/320-323). (2) Entre deux assiègements de Ṭā. (3) Tabaqāt al-Ḥanābila (2/18-45) ; al-Muntaẓam (6/323) ; Siyar Aʿlām al-Nubalāʾ (15/90-93) ; al-ʿIbar (2/216-217) ; al-Wāfī bil-Wafayāt (12/146-147) ; Shudhūr al-Dhahab (2/319). (4) Shanmat al-ʿĀṭis, et il y a été surnommé : on a prié pour lui de ne pas se retrouver dans une situation digne de moquerie, et la lettre sīn est dans la langue. (Lisān al-ʿArab) (Shamat).
بُجْكُم التُّرْكي (١) الذي تولى إمرة الأمراء ببغداد قبل بني بُوَيْه، وكان عاقلًا يفهم بالعربية ولا يتكلَّم بها، يقول: إني أخاف أن أخطئ والخطأ من الرئيس قبيح. وكان مع ذلك يحبُّ العِلْم وأهله، وكان كثير الأموال والصَّدَقات، ابتدأ بعمل البيمارَسْتان ببغداد فلم يتمَّ، فجدَّده عضد الدولة بن بُوَيْه، وكان [بُجْكُم] (٢) يقول: العدل أربح للسُّلْطان في الدُّنيا والآخرة. وكان يَدْفِنُ أموالًا كثيرة بالصحارى، فلما مات لم يُدْرَ أين هي، وكان ندماء الراضي قد انحدروا إلى بُجْكُم وهو بواسط، قد ضمنها بثمانمئة ألف دينار، فكانوا يسامرونه كالخليفة، وكان لا يفهم أكثر ما يقولون، وراض له مزاجه الطبيب سنان بن ثابت الصَّابئ حتى لان خلقُهُ وحَسُنَتْ سيرته، وقلَّتْ سطوته، ولكن لم يعمّر إِلَّا قليلًا بعد ذلك. وقد دخل عليه رجلٌ فوعظه فأبكاه، فأمر له بألف دِرْهم، فلحقه بها الغلام، فقال بُجْكُم لجلسائه: ما أظنه يقبلها، هذا رجل متخرق بالعبادة، ماذا يصنع بالدَّراهم؟ فرجع الغلام وليس معه شيء، فقال: قبلها؟ قال: نعم! قال بجكم: كلُّنا صيادون ولكن الشباك تختلف. وكانت وفاته لتسع بقين من رجب هذه السنة. وسببها أنه خرج يتصيد، فلقي طائفةً من الأكراد، فاستهان بهم، فقاتلوه، فضربه رجلٌ منهم فقتله. وكانت إمرته على بغداد سنتين وثمانية أشهر وتسعة أيام، وخلَّف من الأموال والحواصل ما ينيف على ألفي ألف دينار، أخذها كلها المتقي للّه. أبو محمد البَرْبَهاري الواعظ (٣) : الحسن بن علي بن خَلَف، أبو محمد، البَرْبَهاري العالم الزَّاهد، الفقيه الحنبلي الواعظ. صَحِبَ المَرُّوذي، وسهلًا التُّسْتَري، وتنزَّه عن ميراث أبيه - وكان سبعين ألفًا - لأمرٍ كرهه. وكان شديدًا على أهل البِدَع والمعاصي، وكان كبيرَ القَدْرِ عند الخاصَّة والعامة، وقد عَطَسَ يومًا وهو يعظ النَّاس فشمَّته (٤) الحاضرون، ثم شمَّته منْ سمعهم حتى شمته أهلُ بغداد، فانتهت الضَّجة إلى دار الخلافة، فغار الخليفة من ذلك، وتكلم فيه جماعةٌ من أرباب الدولة، فَطُلِبَ، فاستتر عند أُخت
(١) أخبار الراضي للصولي (١٩٣ - ١٩٧) المنتظم (٦/ ٣٢٠ - ٣٢٣). (٢) ما بين حاصرتين من (ط). (٣) طبقات الحنابلة (٢/ ١٨ - ٤٥) المنتظم (٦/ ٣٢٣) سير أعلام النبلاء (١٥/ ٩٠ - ٩٣) العبر (٢/ ٢١٦ - ٢١٧) الوافي بالوفيات (١٢/ ١٤٦ - ١٤٧) شذرات الذهب (٢/ ٣١٩). (٤) شمت العاطس، وسمت عليه: دعا له أن لا يكون في حال يشمت به فيها، والسين لغة. "لسان العرب" (شمت).

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