Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Le califat d’al-Muttaqî li-llâh Abû Ishâq Ibrâhîm ibn al-Muqtadir bi-llâh

Lorsque son frère ar-Râdhî mourut, les juges (qâdîs) et les notables se réunirent dans la demeure de Bujkum pour délibérer quant à la personne qu’ils allaient placer à leur tête. Ils tombèrent unanimement d’accord sur ce même Ibrâhîm, surnommé al-Muttaqî li-llâh, et le firent venir à la demeure du califat afin de prêter serment. Il accomplit alors deux unités de prière de consultation (salât al-istikhâra) alors qu’il était toujours sur le sol, avant même d’accéder au trône. Puis, il s’éleva sur le lit (ou siège) et les gens lui prêtèrent allégeance. Cela eut lieu un mercredi, dix jours avant la fin du mois de Rabîʿ al-Awwal de cette année, c’est-à-dire l’an 329 de l’Hégire. Il ne prit aucune mesure restrictive contre qui que ce fût et ne trahit personne, pas même sa concubine à qui il ne retira ni statut ni droits. Il fut tel que son surnom l’indiquait, al-Muttaqî li-llâh (celui qui craint Dieu), abondant en prières, en jeûne et en dévotion.

Il déclara : « Je ne veux la compagnie d’aucun des habitués de la cour ; le Coran me suffit pour compagnon. Je ne souhaite d’autre confident que lui. » Les courtisans l’abandonnèrent donc et s’assemblèrent auprès de Bujkum. Celui-ci s’entretenait avec eux, parlant et récitant de la poésie, mais il ne comprenait pas la plupart de leurs propos à cause de sa langue étrangère. Parmi eux se trouvait Sinân ibn Thâbit as-Sâbî, le médecin, auprès de qui Bujkum se plaignit de l’emportement de ses colères. Sinân s’efforça de polir son caractère, d’apaiser son ardeur (1) et de le réfréner, si bien qu’il se maîtrisa davantage et cessa en partie de verser le sang.

Al-Muttaqî li-llâh avait un beau visage, une stature proportionnée, le nez court, le teint clair mêlé de rougeur, les cheveux légèrement blonds et bouclés, la barbe épaisse et les yeux d’un châtain foncé (2). Il était fier, ne but jamais de vin, si bien que son nom et ses actes coïncidaient parfaitement, louange à Dieu. Une fois bien établi sur le trône, il envoya messagers et présents à Bujkum, alors installé à Wâsit. Des lettres furent également expédiées à travers les provinces pour informer de l’investiture d’al-Muttaqî li-llâh.

La même année, Abû ʿAbd Allâh al-Barîdî et Bujkum s’affrontèrent dans la région d’al-Ahwâz. Bujkum fut tué au combat (3), et al-Barîdî l’emporta, imposant alors sa domination. Le calife s’empara des biens de Bujkum, parmi lesquels se trouvaient un million deux cent mille dinars. Bujkum avait gouverné Bagdad durant deux ans, huit mois et neuf jours.

Ensuite, al-Barîdî nourrit l’ambition de s’emparer de Bagdad. Al-Muttaqî dépensa alors d’importantes sommes pour équiper les troupes et contrecarrer ses projets. Le calife se mit lui-même en route pour lui barrer la voie, mais al-Barîdî le contourna et entra dans Bagdad au deuxième jour du mois de Ramadân, s’installant dans le quartier d’ash-Shafîʿî. Apprenant la chose, al-Muttaqî envoya un message de félicitations ainsi que des victuailles et le nomma « vizir », mais sans lui concéder le titre d’« émir des émirs ». Al-Barîdî réclama alors cinq cent mille dinars au calife, qui s’y refusa, puis il envoya

(1) Al-Jāsh : l’âme. Le terme dans al-Lisān est « jāsh ». (2) Ash-Shahla dans l’œil : c’est lorsque le noir est mêlé de bleu. Le terme dans al-Lisān est « shahl ». (3) Ibn Kathīr est le seul à rapporter cette nouvelle, alors que ce qui est généralement admis est qu'il fut tué alors qu'il chassait après cette bataille à laquelle il ne participa pas ; voir al-Kāmil (8/371) et également Wafayāt hādhihi as-sanah.
[خلافة المتقي لله أبي إسحاق إبراهيم بن المقتدر بالله] لما مات أخوه الرَّاضي اجتمع القضاة والأعيان بدار بُجْكُم، واشتوروا فيمن يولُّون عليهم، فاتَّفقَ رأيهم كلهم على المتقي لله إبراهيم هذا، فأحضروه إلى دار الخلافة، وأرادوا بيعته، فصلَّى ركعتين صلاة الاستخارة وهو على الأرض. لم يصعد إلى الكرسي بَعْدُ، ثم صَعِدَ إلى السَّرير وبايعه الناس، وكان ذلك يوم الأربعاء لعشرٍ بقين من ربيع الأول من هذه السنة - أعني سنة تسع وعشرين وثلاثمئة - فلم يغيِّرْ على أحدٍ شيئًا، ولا غدر بأحد حتى ولا على سَرِيَّتِهِ لم يغيرها، ولم يتسرَّ عليها. وكان كما سمِّيَ المتقي لله، كثيرَ الصَّلاة والصِّيام والتعبُّد. وقال: لا أريد أحدًا من الجلساء، حسبي المصحف نديمي، لا أريد نديمًا غيره. فقعد عنه الجلساءُ والندماء، والتفوا على بُجكم، فكان يجالسهم فيحادثونه ويتناشدون عنده الأشعار، فكان لا يفهم كثيرَ شيء مما يقولون لعجمته، وكان في جُمْلتهم سنان بن ثابت الصَّابئ المتطبب، فكان بُجْكُم يشكو إليه قوة النفس الغضبية فيه، فكان سِنَان يهذب من أخلاقه ويسكن جَأْشَه (١) ، ويروضها حتى سكن عن بعض ما كان يتعاطاه من سَفْكِ الدِّماء. وكان المتقي بالله حسنَ الوجه، معتدل الخَلْق، قصيرَ الأنف، أبيضَ مُشْربًا حمرةً، في شعره شُقْرة وجُعودة، كثَّ اللحية، أشهل العينين (٢) ، أبيَّ النفس، لم يَشْرَبِ النَّبيذ قط، فالتقى فيه الاسم والفعل، ولله الحمد. ولما استقر المتقي لله في الخلافة أنفذ الرُّسل والخِلَع إلى بُجْكُم وهو بواسط، ونفذت المكاتبات إلى الآفاق بولاية المتقي لله. وفي هذه السنة تحارب أبو عبد الله البَريدي وبُجْكم بناحية الأهواز، فَقُتلَ بُجْكم في الحرب (٣) ، واستظهر البريديُّ عليه وقوي أمره، فاحتاط الخليفةُ على حواصل بُجْكم، فكان في جملة ما أخذ من أمواله ألف ألف دينار ومئتي ألفِ دينار. وكانت أيام بُجْكم على بغداد سنتين وثمانية أشهر وتسعة أيام. ثم إن البريدي حدَّثته نفسه ببغداد، فأنفق المتقي أموالًا جزيلة في الجند ليمنعوه من ذلك، فركب بنفسه، فخرج إلى أثناء الطَّريق ليمنعه من ذلك، فخالفه البريدي، ودخل بغداد في ثاني رمضان، ونزل بالشَّفيعي، فلما تحقق المتقي ذلك بعث إليه يهنئه، وأرسل إليه بالأطعمة، وخوطب بالوزير ولم يخاطبه بإمرة الأمراء. فأرسل البريدي يطلب من الخليفة خمسمئة ألف دينار، فامتنع الخليفة من ذلك، فبعث
(١) الجأش: النفس. اللسان (جأش). (٢) الشهلة في العين: أن يشوب سوادَها زرقة. اللسان (شهل). (٣) انفرد ابن كثير بهذا الخبر، والمشهور أنه قتل وهو يتصيد عقب هذه المعركة التي لم يشترك بها، انظر الكامل (٨/ ٣٧١) وانظر وفيات هذه السنة.

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