Al-Khattâbî a dit : « Il fut nommé “al-Khidr” (le Vert) en raison de sa beauté et de l’éclat de son visage. »
J’ai dit : Cela ne contredit pas ce qui est établi dans le Ṣaḥīḥ. S’il faut absolument justifier l’origine du nom par l’un des deux avis, celui confirmé par le Ṣaḥīḥ est plus légitime et plus solide. En réalité, on ne tient pas compte des autres opinions. Le ḥāfiẓ Ibn ʿAsākir a lui aussi rapporté ce ḥadith par la voie d’Ismāʿīl ibn Ḥafṣ ibn ʿUmar al-Aylī, qui déclara : « ʿUthmān, Abū Jurayy et Hammām ibn Yaḥyā nous ont rapporté, d’après Qatāda, d’après ʿAbd Allāh ibn al-Ḥārith ibn Nawfal, d’après Ibn ʿAbbās, d’après le Prophète (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) : “Il a été appelé al-Khaḍir (le Vert) parce qu’il pria sur un tapis blanc qui devint aussitôt vert.” » Il s’agit là d’une chaîne de transmission singulière.
De même, Qabīṣa a rapporté, d’après al-Thawrī, d’après Manṣūr, d’après Mujāhid, qu’on l’appela al-Khiḍr parce que, lorsqu’il priait, tout autour de lui verdissait. Nous avons rapporté précédemment que lorsque Mūsā (Moïse) et Yūshaʿ (Josué) revinrent sur leurs pas en suivant la trace, ils le trouvèrent sur un tapis vert, au milieu de la mer. Il était recouvert d’un vêtement dont les deux extrémités se trouvaient sous sa tête et sous ses pieds. Mūsā (que la paix soit sur lui) le salua. Al-Khiḍr releva son vêtement, lui rendit le salut et demanda : « D’où vient le salut en ta contrée ? Qui es-tu ? » Mūsā répondit : « Je suis Mūsā. » L’autre insista : « Le Mūsā des Banū Isrāʾīl ? » Mūsā répondit : « Oui. » Alors advint ce que Dieu a relaté dans Son Livre à leur sujet.
Tout le déroulement de ce récit démontre, par plusieurs indices, que cet homme était prophète :
Premier indice : la Parole du Très-Haut : « Ils trouvèrent l’un de Nos serviteurs à qui Nous avions accordé une miséricorde de Notre part et enseigné une science émanant de Nous » (Coran 18, 65).
Deuxième indice : la parole de Mūsā : « Puis-je te suivre en sorte que tu m’enseignes de ce qu’on t’a appris de la bonne direction ? » (18, 66). Et al-Khiḍr de répondre : « Tu ne pourras pas patienter avec moi. Comment supporterais-tu ce qui dépasse ta compréhension ? » (18, 67-68). Mūsā reprit : « Tu verras que je serai patient, si Dieu le veut, et je ne désobéirai en rien à tes ordres. » (18, 69). Al-Khiḍr dit : « Si tu me suis, ne m’interroge sur rien jusqu’à ce que je t’en fasse moi-même mention. » (18, 70).
Cette manière de s’adresser à Mūsā n’aurait pas été celle d’un simple saint dénué de prophétie. Mūsā ne l’aurait pas ainsi sollicité, et il n’aurait pas non plus reçu cette réplique d’al-Khiḍr si celui-ci n’était pas prophète. En effet, Mūsā avait entrepris un long périple, prêt à avancer pendant de longues années s’il le fallait – on rapporte jusqu’à quatre-vingts ans –, pour le rencontrer. Lorsqu’il le trouva enfin, il se montra humble, l’exalta et se mit à le suivre comme s’il cherchait à tirer profit de lui. Cela prouve qu’al-Khiḍr était, comme lui, un prophète recevant la révélation, et qu’il avait été gratifié, en plus, de ces sciences particulières émanant directement du Seigneur.