Ibn Shanboud invoqua une malédiction contre Ibn Muqla lorsque ce dernier ordonna qu’on le frappe, et, à partir de ce moment, Ibn Muqla ne connut plus le succès.
Ibn Muqla le vizir (1) est l’un des célèbres secrétaires. Il s’agit de Mohammed ibn ‘Ali ibn al-Hasan (2) ibn ‘Abd Allah, Abou ‘Ali, plus connu sous le nom d’Ibn Muqla le vizir. Il fut dans la première partie de sa vie dans une situation précaire, manquant de ressources (3). Puis, finalement, il en vint à occuper la fonction de vizir pour trois califes : al-Muqtadir, al-Qahir et ar-Râdî. Il fut révoqué trois fois, et, à la fin de sa carrière, on lui coupa la main et la langue, avant de l’emprisonner. Il puisait alors de l’eau de sa main gauche et de ses dents. Malgré tout, il continuait à écrire de sa main droite, bien qu’elle fût amputée, comme il le faisait quand elle était saine. Son écriture était remarquablement ferme, ainsi qu’on le rapporte (4).
Il se fit construire une demeure durant son ministère. Pour la bâtir, il rassembla un grand nombre d’astrologues, qui s’accordèrent pour la commencer à un moment précis. Il en posa donc les fondations entre les deux prières du soir, suivant leurs indications. Mais, peu après son achèvement, la bâtisse s’effondra et ne laissa qu’un tas de ruines. Ibn Muqla possédait aussi un très grand verger, s’étendant sur plusieurs parcelles – c’est-à-dire plusieurs faddân – entièrement couvert d’un filet de soie (5). Il y gardait en grand nombre des oiseaux, tels que des tourterelles (6), des rossignols, des perroquets, des merles, des paons, et des perdrix (7). Il hébergeait également quantité de gazelles, de buffles et d’ânes sauvages, d’autruches et de chameaux. Pourtant, ce magnifique domaine, si éclatant et si prospère, ne tarda pas à périr et à disparaître.
L’un des poètes le chanta, lorsqu’il construisit sa demeure et les aménagements alentour :
« Dis à Ibn Muqla (8) : prends patience, ne sois pas trop empressé ;
Car tout cela n’est que le songe d’une nuit.
Tu tentes, avec le plus grand effort, d’ériger une maison sur les ruines d’autres demeures ;
Mais elle sera, elle aussi, détruite après quelques jours. »