Il était ascète, d’une grande piété, voué à la dévotion et au culte. Il exerça la fonction de juge à Qumm, puis celle de muhtasib (en charge de la régulation des marchés et des mœurs) à Bagdad. Il parcourait la ville et priait sur sa mule, avançant dans les ruelles. Il menait une vie extrêmement frugale. Nous avons mentionné sa biographie dans « Tabaqât ach-Châfiʿiyya », ce qui suffit amplement, et il est l’auteur d’un « Kitâb al-Qadâʾ » (Livre de la magistrature), œuvre inégalée en son genre. Il mourut alors qu’il approchait de la quatre-vingt-dizaine. Qu’Allah lui fasse miséricorde.
ʿAlî ibn Muḥammad Abû al-Ḥasan (1), surnommé al-Muzayyin al-ṣaghîr (le « petit coiffeur »), fut l’un des maîtres du soufisme. Originaire de Bagdad, il fréquenta al-Junayd et Sahl al-Tustarî, puis s’établit à La Mecque, où il mourut au cours de cette même année.
On rapporte à son sujet l’histoire suivante : « Je me rendis un jour à un puits dans la région de Tabûk. Lorsque je m’en approchai, je glissai et tombai à l’intérieur, sans que personne ne puisse me voir. Arrivé au fond, j’y trouvai une petite plateforme. Je m’y hissai et me dis : “Si je meurs, je ne contaminerai pas l’eau pour les gens.” Mon âme se calma et j’acceptai l’idée de la mort. Alors que j’étais ainsi, un serpent descendit vers moi : il enroula sa queue autour de moi, puis me hissa jusqu’en haut, à l’air libre, avant de disparaître. Je ne sais pas d’où il est venu ni où il est allé. »
Parmi les maîtres soufis, il y en avait un autre nommé Abû Jaʿfar al-Muzayyin al-kabîr (2). Il résida également à La Mecque et y mourut. C’était un grand adorateur. Le Khaṭîb a rapporté, d’après ʿAlî ibn Abî ʿAlî, lui-même rapportant d’Ibrâhîm ibn Muḥammad al-Ṭabarî, qui tenait de Jaʿfar al-Khuldî, ce récit :
« Lors de l’un de mes pèlerinages, je pris congé du Muzayyin al-kabîr et lui demandai de me donner quelque conseil. Il me répondit : “Lorsque tu perds quelque chose, dis : ‘Ô Toi qui rassembleras les hommes en un Jour sur lequel il n’y a aucun doute, car Allah ne manque pas Sa promesse, réunis-moi avec telle chose.’ Alors Allah te la ramènera.” »
Il poursuit : « Je partis ensuite saluer al-Kattânî en le priant de me donner également quelque provision spirituelle. Il me remit une bague dont le chaton était gravé et me dit : “Lorsque tu es accablé de tristesse, regarde ce chaton et ton chagrin disparaîtra.”
« À chaque fois que j’invoquais Allah par cette prière, Il y répondait, et chaque fois que je regardais ce chaton, il s’évanouissait en moi toute forme de souci. Un jour, alors que je me trouvais à al-Sumayriyya et qu’un vent violent se levait, je sortis la bague pour la regarder ; mais je ne sais comment elle m’échappa. J’ai alors passé toute la journée à invoquer cette prière afin qu’Allah me la rende… »