Et ce qui suit [jusqu’aux terres d’Égypte] (1) revient à l’Ikhchid, et l’Ikhchid lui verse chaque année cent mille dinars et quarante mille dinars. Ce qui se trouve au-delà de Ramla [jusqu’à Damas] (2) revient à Muḥammad ibn Rāʾiq.
[Et parmi ceux qui sont décédés cette année,] on compte Jaʿfar al-Murtaʿish (3), Abū Muḥammad, l’un des maîtres soufis, comme le mentionne al-Khaṭīb (4). Abū ʿAbd al-Raḥmān al-Sulamī a dit : « Son nom est ʿAbd Allāh ibn Muḥammad, Abū Muḥammad al-Naysābūrī (5). Il était fortuné, puis y renonça. Il fréquenta al-Junayd, Abū Ḥafṣ et Abū ʿUthmān, et demeura à Bagdad jusqu’à devenir un des maîtres du soufisme. » On disait alors : « Les merveilles de Bagdad sont au nombre de trois : les allusions (ishārāt) d’al-Shiblī, les subtilités (nukat) d’al-Murtaʿish et les récits (ḥikāyāt) de Jaʿfar al-Khawwāṣ. »
J’ai entendu Abū al-Faraj (6) al-Ṣāʾigh dire : « Al-Murtaʿish a dit : “Celui qui pense que ses propres actes le sauveront du Feu ou l’élèveront à la satisfaction (divine) s’attribue, à lui et à ses actes, un mérite. En revanche, celui qui s’en remet à la grâce de Dieu, Dieu le fera parvenir aux plus hauts degrés de Sa satisfaction.” (7) » On rapporta à al-Murtaʿish : « Un tel marche sur l’eau ! » Il répondit : « S’opposer à ses passions est plus grand que de marcher sur l’eau. » (8)
Quand sa mort fut proche, alors qu’il se trouvait à la mosquée al-Shūnīziyya (9), on calcula ses dettes et l’on trouva qu’il devait dix-sept dirhams. Il dit alors : « Vendez mes petites étoffes pour rembourser cela. J’espère que Dieu me pourvoira d’un linceul. J’ai prié Dieu de m’accorder trois choses : de me faire mourir alors que je suis pauvre, de faire de ma mort un événement qui survienne dans cette mosquée, car j’y ai connu des compagnons, et de placer auprès de moi quelqu’un dont la présence me soit familière et chère. » Puis il ferma les yeux et rendit l’âme (10).
Abū Saʿīd al-Iṣṭakhrī (11), al-Ḥasan ibn Aḥmad ibn Yazīd ibn ʿĪsā ibn al-Faḍl ibn Yasār, fut un des éminents imams de l’école shāfiʿite.