À Bagdad, on le releva ensuite de sa charge de vizir au profit de Sulaymān b. al-Ḥasan, et al-Barīdī se porta garant pour la province de Wāsiṭ et ses dépendances, pour la somme de six cent mille dinars.
Au cours de cette année, le grand juge (qāḍī al-quḍāt) Abū al-Ḥusayn ʿUmar b. Muḥammad b. Yūsuf (1) mourut. Son fils, Abū Naṣr Yūsuf b. ʿUmar b. Muḥammad b. Yūsuf, lui succéda. Le calife al-Rāḍī lui conféra l’habit d’investiture le jeudi, cinq jours avant la fin de Shaʿbān.
Lorsque Abū ʿAbd Allāh al-Barīdī se rendit à Wāsiṭ, il écrivit à Bujkum pour l’inciter à rejoindre la région du Jabal afin de la conquérir et de l’aider à s’emparer de l’Ahwāz des mains de Muʿizz al-Dawla b. Būyah (2). En réalité, son but était simplement d’éloigner Bujkum de Bagdad afin de s’en emparer. Lorsque Bujkum sortit avec ses troupes, il eut vent de la ruse qu’Abū ʿAbd Allāh al-Barīdī ourdissait, et il revint aussitôt à Bagdad. Il marcha sur lui à la tête d’une armée nombreuse et coupa les routes de tous côtés, de sorte que personne ne pût se douter de sa présence avant qu’il ne fût tout proche. Il advint qu’il se trouvait à bord d’un canot, accompagné d’un de ses secrétaires ; soudain, une colombe tomba, portant un billet accroché à sa queue. Bujkum le lut et s’aperçut qu’il s’agissait d’un message envoyé par ce secrétaire à certains partisans d’al-Barīdī, les informant des mouvements de Bujkum. Celui-ci dit alors à son secrétaire : « Malheur à toi, est-ce ton écriture ? » Il répondit : « Oui », sans pouvoir nier. Bujkum ordonna qu’on le tue, et il fut exécuté puis jeté dans le Tigre. Dès qu’al-Barīdī apprit l’arrivée de Bujkum, il s’enfuit à Basra, puis quitta aussi cette ville pour une autre (3).
Bujkum s’empara donc de Wāsiṭ ; quant à l’armée qu’il avait laissée au Jabal, les Daylamites l’attaquèrent et la mirent en déroute, si bien que ces troupes s’enfuirent à la hâte vers Bagdad.
Cette année-là, Muḥammad b. Rāʾiq étendit son pouvoir sur la Syrie. Il commença par entrer à Ḥimṣ, dont il s’empara, puis se dirigea vers Damas, gouvernée alors par Badr b. ʿAbd Allāh al-Ikhshīdī, dit Budayr, au nom de l’Ikhshīd Muḥammad b. Ṭughj. Ibn Rāʾiq le contraignit à quitter la ville et prit le contrôle de Damas. Ensuite, il partit avec son armée pour al-Ramla, s’en empara, puis se dirigea vers ʿArīsh Miṣr afin d’entrer en Égypte. Là, Muḥammad b. Ṭughj l’affronta. Le combat tourna d’abord à l’avantage d’Ibn Rāʾiq, et l’armée victorieuse pilla les tentes des Égyptiens. Mais ceux-ci, reprenant courage, attaquèrent de nouveau, tuant de nombreux soldats d’Ibn Rāʾiq. Celui-ci s’échappa avec soixante-dix de ses compagnons et arriva à Damas en fort mauvaise posture. Muḥammad b. Ṭughj envoya alors contre lui son frère Naṣr b. Ṭughj, à la tête d’une armée. Ils s’affrontèrent près d’al-Lajjūn (5) le 4 de Dhū al-Ḥijja : les Égyptiens furent vaincus, et parmi les morts se trouvait le frère de l’Ikhshīd. Muḥammad b. Rāʾiq lava son corps, l’enveloppa d’un linceul, l’expédia à son frère en Égypte et lui envoya en même temps son propre fils, joignant une lettre où il jurait ne pas avoir voulu sa mort, ajoutant : « Voilà mon fils, prends ta revanche sur lui. » L’Ikhshīd fit bon accueil à ce fils, et ils se réconcilièrent, convenant que la ville d’al-Ramla leur servirait de frontière commune.