Il la répudia. L’une d’entre elles garda le secret, tandis que l’autre le révéla. Il s’enfuit alors jusqu’à ce qu’il parvînt à une île en mer. Deux hommes vinrent y ramasser du bois, le virent, et l’un cacha ce qu’il avait vu tandis que l’autre le divulgua. Il dit : « J’ai vu l’‘azqil (1). » – « Qui l’a vu avec toi ? » demanda-t-on. Il répondit : « Un tel. » On interrogea donc celui-ci, mais il se tut. Dans leur religion, celui qui mentait devait être mis à mort ; il fut donc exécuté. Et l’homme qui avait gardé le silence épousa la femme qui s’était également tue.
Il raconta ensuite : « Or, tandis qu’elle peignait la fille de Pharaon, le peigne tomba de sa main. Elle s’écria : “Périsse Pharaon !” On en informa son père. La femme avait deux fils et un mari. Il les convoqua et chercha à faire revenir la femme et son époux sur leur religion, mais ils refusèrent. Il dit alors : “Je vous tuerai.” Ils répondirent : “Ce serait pour nous un bienfait que tu nous mettes ensemble dans une même tombe.” Il les y plaça donc tous deux. » Il poursuivit : « Je n’ai jamais senti un parfum plus doux qu’eux, bien qu’ils soient déjà entrés au paradis (2). »
L’histoire de Maïla, la fille de Pharaon, a déjà été évoquée. Quant à ce long développement sur l’affaire d’Al-Khidr, il se peut qu’il s’agisse de propos rapportés par Ubay ibn Kaʿb ou ʿAbd Allāh ibn ʿAbbās, et Dieu sait mieux.
Certains ont dit que sa kunya est Abou al-ʿAbbās. Il paraît toutefois – et Dieu sait mieux – qu’« al-Khidr » est un surnom qui lui est resté.
Al-Bukhārī (qu’Allah lui fasse miséricorde) a rapporté : « Nous a informés Muḥammad ibn Saʿīd al-Aṣbahānī, d’après Ibn al-Mubārak, d’après Maʿmar, d’après Hammām, d’après Abū Hurayra, qui le tenait du Prophète (ﷺ) : “On l’a appelé al-Khaḍir (le Verdoyant) parce qu’il s’était assis sur une terre blanche qui s’est mise à verdir derrière lui.” » Seul al-Bukhārī a relaté ce hadith (3). ʿAbd al-Razzāq le rapporte également, par Maʿmar, selon la même chaîne de transmission (4).
Puis ʿAbd al-Razzāq a dit : « Al-farwa désigne l’herbe blanche ou ce qui y ressemble, c’est-à-dire la végétation sèche. » Al-Khaṭṭābī a rapporté qu’Abū ʿUmar a dit : « Al-farwa est une terre blanche sans aucune végétation. » D’autres ont dit qu’il s’agit de végétation asséchée, assimilée à une toison. De là découle l’expression “farwat ar-raʾs” (la “toison” de la tête), à savoir la peau du crâne et les cheveux qui y poussent. C’est ainsi que le poète al-Rāʿī a écrit :
« Vois l’Éthiopien autour de nos demeures,
Heureux dès lors qu’il obtient de quoi manger en un jour ;
Sans épaisseur,voûté, comme si la “toison” de sa tête
Avaient été ensemencée et lui avait fait pousser du poivre sur les côtés. » (5)(6)