Septièmement : Sa place dans la science et dans la société
[Préambule]
Le grand spécialiste du ḥadith, exégète, historien et juriste Ismāʿīl ibn Kathīr s’est élevé au rang le plus éminent et le plus respecté grâce à sa vaste érudition et à ses écrits impressionnants. Il a également accédé à une place de choix et d’intérêt grâce à ses fatwas précises et à ses positions audacieuses.
Malgré son statut parmi les grands savants, il n’est pas parvenu à influer sur les affaires publiques, en particulier la vie sociale et politique, comme l’avait fait son maître Ibn Taymiyya. Néanmoins, il a laissé un changement discret, dont l’impact culturel et civilisationnel demeure jusqu’à ce jour et se poursuivra jusqu’à ce que Dieu hérite de la terre et de ceux qui s’y trouvent.
Il jouissait d’une présence affirmée, d’un esprit sagace, d’une plume abondante et d’une personnalité respectée et remarquable. Il ne transigeait pas avec la vérité, ne fléchissait pas dans la dénonciation des innovations et ne tergiversait pas dans le rejet des superstitions. Il n’était pas rusé, ne trompait ni ne se laissait tromper, ne courbait pas l’échine et ne brisait pas sa plume pour flatter ou se soumettre.
Il associait la pondération à la force, la solidité à la détermination, évitait l’excès et la virulence, et se distinguait dans les cercles savants privés ou publics en tant que shaféite engagé, penseur réformateur, qui ordonnait le bien et interdisait le mal, tout en consignant de sa plume et de sa voix ce qu’il souhaitait avec clairvoyance et sincérité, ne craignant pour Dieu ni blâme ni reproche. Ainsi, les gens le regardaient avec estime, affection et admiration. Nous observerons cela plus en détail dans l’étude de sa position scientifique et sociale.
[A – Sa place dans la science]
• Les fatwas :
Ibn Kathīr était à Damas l’un des grands muftis. Il reçut l’autorisation d’émettre des fatwas de la part du shaykh Jamāl ad-Dīn Aḥmad ibn Muḥammad, connu sous le nom d’Ibn al-Qalānsī (décédé en 731 H). Ses contemporains l’ont décrit comme « le faqīh muftī », « l’imām muftī éminent », et ont souligné que ses fatwas se diffusaient déjà dans de nombreux pays.
Nous pouvons extraire de sa biographie quelques décrets juridiques (fatwas) qui témoignent de sa maîtrise du fiqh, alliée à l’équité et à la prudence :
– Le ḥāfiẓ déclare dans son ouvrage « Al-Bidāya wa-n-Nihāya » (16/251) : « Le mardi 28 Dhū al-Qaʿda de l’an 733 H, on installa sur la Kaʿba une porte de fer envoyée par le sultan, incrustée de sennot rouge, rappelant l’ébène, et fixée de plaques d’argent dont le poids était de trente-cinq mille trois cents et quelques (dirhams). On ôta alors l’ancienne porte, faite de bois de sāj (teck) et pourvue de plaques, lesquelles furent remises aux Banū Shayba. Elles pesaient soixante raṭls, et ils les vendirent au double, à raison d’un dirham pour deux dirhams, au motif d’en tirer bénédiction. Remplacer également ensuite « de la vendre contre de l’or » par « de les vendre contre de l’or ». C’est une erreur et c’est de l’usure (ribā). Il aurait plutôt convenu de la vendre contre de l’or, afin d’éviter toute forme d’usure. »