Abu (1) faisait partie des compagnons de Mâlik. Il fut le premier à introduire la jurisprudence de Mâlik en Andalousie. On lui proposa d’y exercer la fonction de juge (qâdî), mais il refusa.
[Puis vint l’an 327 de l’Hégire]
Au cours de ce mois de Muharram, Al-Râdhî bi-llâh, commandeur des croyants, quitta Bagdad pour se rendre à Mossoul afin de combattre Nâsir ad-Dawla al-Hasan ibn ‘Abd Allâh ibn Hamdân, son gouverneur sur place. Le précédaient Bujkum, « émir des émirs », ainsi que le qâdî al-qudât (juge suprême) Abû ’l-Husayn ‘Umar ibn Muhammad ibn Yûsuf. À Bagdad, il laissa son fils, le cadi Abû Nasr Yûsuf ibn ‘Umar, conformément à l’ordre du calife, et ce dernier était un homme de savoir et de grande compétence. Lorsque Bujkum arriva à Mossoul et dans la région de Jazîra, Al-Hasan ibn ‘Abd Allâh ibn Hamdân obtempéra, puis Bujkum le vainquit, et le calife prit en main les affaires de Mossoul et de la Jazîra.
Quant à Muhammad ibn Râ’iq, il profita de l’absence du calife à Bagdad pour s’adjoindre mille Qarmates avec lesquels il entra dans la ville, qu’il plongea dans le désordre. Cependant, il ne toucha pas à la demeure du califat. Par la suite, il envoya au calife une demande de réconciliation et de grâce pour ses actes. Le calife y consentit et lui dépêcha le qâdî al-qudât Abû ’l-Husayn ‘Umar ibn Muhammad ibn Yûsuf. Ibn Râ’iq quitta alors Bagdad, et le calife y fit son entrée au mois de Jumâdâ I de la même année, ce qui réjouit grandement les musulmans.
Au coucher du soleil de la première nuit du mois d’Adhâr, durant Jumâdâ I, tomba une pluie torrentielle accompagnée de grêlons d’une taille exceptionnelle, chacun pesant l’équivalent de presque deux onces. Les précipitations persistèrent et firent s’effondrer de nombreuses habitations à Bagdad.
Par ailleurs, des nuées de sauterelles apparurent en grand nombre cette année-là. Le pèlerinage par la route d’Irak était interrompu depuis l’an 317 jusqu’à cette année. Le shérif Abû ‘Alî ‘Umar ibn Yahyâ al-‘Alawî intercéda auprès des Qarmates, qui l’appréciaient pour sa bravoure et sa générosité, afin qu’ils autorisent les pèlerins à se rendre au hajj, moyennant un droit de cinq dinars par chameau et sept dinars pour le palanquin.
[Ils tombèrent d’accord sur cette condition]
C’est ainsi que les gens purent se rendre au pèlerinage cette année-là. Parmi eux figurait le shaykh Abû ‘Alî ibn Abî Hurayra (4), l’un des éminents imams de l’école shâfi‘ite. Alors qu’il passait, on lui réclama la khifâra (somme de protection), et il rebroussa aussitôt chemin, déclarant : « Je ne fais pas demi-tour par avarice, mais parce que, du moment que l’on m’impose cette redevance, il ne m’incombe plus de parfaire le hajj. »