Abou al-Hasan, connu sous le nom de Jahza, était un excellent poète, un lettré chroniqueur, doué dans diverse sciences et dans la narration d’anecdotes spontanées. Il chantait également avec talent.
Parmi ses vers, on trouve :
« La vie a proclamé son propre sort :
“Si seulement quelqu’un, en ce monde, voulait entendre !
Combien de personnes confiantes dans leur longévité ai-je ensevelies,
Et combien d’accumulateurs ai-je dispersé ce qu’ils rassemblaient !” »
(1)
Un roi lui accorda un billet destiné à un changeur afin qu’il lui fournisse une somme d’argent, mais il ne reçut rien de cet ordre. Il écrivit alors au roi pour lui exposer la situation :
« Si vos dons ne sont que des billets
Tracés par vos doigts et vos paumes,
Et que ces billets ne me servent à rien,
Prenez donc ma propre écriture pour un million ! »
(2)
Dans l’un de ses poèmes, il invective un ami et le dénonce pour son extrême avarice et sa cupidité :
« Nous avons un compagnon, le plus éminent des hommes dans l’art de l’avarice,
Le meilleur en la matière, sans posséder la moindre vertu.
Il m’a convié, comme un ami invite son ami,
Et je suis venu, comme on se rend chez son semblable.
Mais lorsque nous nous sommes assis pour déjeuner, je l’ai vu
Considérant que ce que je mangeais était comme arraché à ses propres membres.
Parfois, il entrait en fureur et injuriait son serviteur,
Et je savais que sa colère et ses insultes m’étaient destinées.
J’avançais la main discrètement pour saisir une bouchée,
Mais il me regardait de travers et je m’amusais alors à trifouiller les herbes.
Jusqu’à ce que ma main commît une bévue fatale pour moi :
Car la faim m’avait fait perdre toute raison.
Ma main se dirigea vers la patte d’un poulet,
Mais, en la tirant, ma main a, tout autant, entraîné ma jambe. »
(4)
Et parmi ses vers les plus puissants et éloquents :
« Vous êtes partis, et que de soupirs, après maints gémissements,
Ont révélé aux gens l’étendue de ma peine pour vous ! »