Diyâr Bakr, Mudar et Rabî‘a se trouvaient alors sous l’autorité des Banû Ḥamdân. L’Égypte (Miṣr) et la Syrie (ash-Shâm) étaient aux mains de Muḥammad ibn Ṭughj. Les contrées d’Ifriqiya et du Maghreb étaient gouvernées par al-Qâʾim bi-Amri-Llâh, fils d’al-Mahdî, qui prétendait appartenir à la lignée fâtimide et avait pris le titre de « Commandeur des Croyants ». Al-Andalus était sous la domination de ʿAbd ar-Raḥmân ibn Muḥammad, surnommé an-Nâṣir al-Umawî. Le Khurâsân et la région transoxiane (Mâ Warâʾ an-Nahr) relevaient d’as-Saʿîd Naṣr ibn Aḥmad as-Sâmânî. Le Ṭabaristân et le Jurjân étaient aux mains des Daylam. Quant au Baḥrayn, au Yamâma et à Hajar, ils étaient entre les mains d’Abû Ṭâhir Sulaymân ibn Abî Saʿîd al-Jannâbî al-Qarmaṭî – que Dieu le maudisse.
Cette année-là, un renchérissement extrême des denrées toucha Bagdad, suivi d’une forte mortalité telle que, durant cinq jours, on ne trouva plus de pain. De nombreux habitants périrent, principalement parmi les démunis. Les morts gisaient dans les rues sans que personne ne s’en occupe ; il arrivait qu’on place deux défunts dans une même bière, parfois avec un enfant entre eux. Parfois aussi, on creusait une fosse unique si vaste que l’on y déposait plusieurs corps à la fois. À Iṣfahân, quelque deux cent mille personnes succombèrent.
Cette même année, un incendie frappa ʿUmân, où périrent mille personnes originaires du Soudan ainsi qu’un grand nombre d’habitants « blancs ». Dans ce désastre, quatre cents charges de camphre furent également réduites en cendres. Le calife destitua Aḥmad ibn Kayghalaġ de la vice-gérance de la Syrie et confia cette charge à Ibn Ṭughj, gouverneur d’Égypte. Au cours de cette année naquit ʿAḍud ad-Dawla Abû Shujâʿ Fannâkhusraw ibn Rukn ad-Dawla ibn Bûya à Iṣfahân.
[Parmi les notables décédés cette année-là]
Ibn Mujâhid, le lecteur (1)
Abû Bakr, Aḥmad ibn Mûsâ ibn al-ʿAbbâs ibn Mujâhid, était l’un des grands imams dans l’art de la lecture (du Coran). Il avait reçu la transmission (des hadiths) d’un grand nombre de rapporteurs et fut lui-même retransmis par ad-Dâraquṭnî et d’autres. Il était digne de confiance et habitait le quartier oriental de Bagdad. Thaʿlab disait à son sujet : « Il ne reste plus, en notre temps, personne de plus instruit que lui au sujet du Livre de Dieu. » Il mourut un mercredi et fut inhumé le jeudi, dix jours avant la fin de Shaʿbân de cette année-là. Quelqu’un déclara l’avoir vu en songe en train de réciter le Coran et lui demanda : « N’es-tu pas mort ? » Il répondit : « Certes, si. Toutefois, à la fin de chaque Lecture, j’adressais à Dieu une prière pour faire partie de ceux qui récitent (le Coran) dans leur tombe ; me voici donc de ceux qui récitent dans leur tombe. »
جَحْظَة le poète barmakide (2)
Aḥmad ibn Jaʿfar ibn Mûsâ ibn Yaḥyâ ibn Khâlid ibn Barmak, le Barmakide