Puis ‘Abd al-Raḥmān ibn ‘Īsā s’avéra incapable de poursuivre ses fonctions et fut relevé de son poste au bout de cinquante jours. Abū Ja‘far Muḥammad ibn al-Qāsim al-Karkhī reçut alors la charge du vizirat ; il infligea à ‘Alī ibn ‘Īsā une amende de cent mille dinars et à son frère ‘Abd al-Raḥmān ibn ‘Īsā une amende de soixante-dix mille dinars. Après trois mois et demi, il fut lui-même destitué, et c’est Sulaymān ibn al-Ḥasan qui lui succéda, avant d’être à son tour relevé de ses fonctions au profit d’Abū al-Fatḥ al-Faḍl ibn Ja‘far ibn al-Furāt, mais seulement l’année suivante. La demeure fut incendiée (1), tout comme celle d’Ibn Muqla le jour où celle-ci fut brûlée, avec un écart d’un an entre les deux. Tout cela relevait du désordre créé par les Turcs et les jeunes serviteurs.
Lorsque la maison d’Ibn Muqla fut incendiée cette année-là, certains écrivirent sur ses murs :
« Tu as fait bon accueil aux jours lorsqu’ils furent cléments,
sans redouter le mal que peut amener le destin.
Les nuits t’ont épargné, et tu t’es laissé abuser par elles,
mais c’est lorsque les nuits semblent paisibles que survient l’affliction. »
L’autorité du califat s’affaiblit considérablement. Al-Rāḍī envoya alors quérir Muḥammad ibn Rāʾiq, qui se trouvait à Wāsiṭ, pour le nommer émir des émirs à Bagdad, ainsi que responsable du kharāj et des contributions (2) dans l’ensemble des territoires et des dīwāns. Il ordonna que le prône (khuṭba) soit prononcé en son nom sur tous les minbars et lui fit parvenir des robes d’honneur. Ibn Rāʾiq arriva donc à Bagdad pour assumer la totalité de ces fonctions, accompagné de l’émir Bujkam al-Turkī, affranchi de Mardāwīj – celui-là même qui l’avait aidé à tuer ce dernier, libérant ainsi les musulmans de son joug. Il s’empara pleinement du pouvoir en Irak et transféra les fonds du Bayt al-Māl (Trésor public) dans sa propre demeure. Le vizir n’eut plus la moindre autorité. L’influence du califat se trouva encore plus réduite, et les gouverneurs régionaux agissaient de manière autonome, si bien qu’il ne restait presque rien du pouvoir califal en dehors de Bagdad et de ses environs. Malgré cela, le calife ne détenait aucune influence auprès d’Ibn Rāʾiq (3), ni aucune parole à laquelle on obéît ; Ibn Rāʾiq lui remettait seulement les sommes et les dépenses dont il avait besoin.
C’est ainsi que se poursuivit la situation pour les émirs des émirs qui lui succédèrent (4), et qui ne se souciaient nullement de l’autorité du calife. Quant aux autres régions, Baṣra était aux mains de ce même Ibn Rāʾiq, et le Khūzistān sous le contrôle d’Abū ‘Abd Allāh al-Barīdī. Celui-ci s’était emparé cette année-là de ce que Yaqūt détenait encore du royaume de Tustar, mettant la main sur ses réserves et ses biens. Le Fārs était dirigé par ‘Imād al-Dawla Abū l-Ḥasan ‘Alī ibn Būyah, tandis que Rayy, Iṣfahān et al-Jabal se trouvaient entre les mains de son frère Rukn al-Dawla ibn Būyah, qui faisait face aux revendications de Washmkīr, le frère de Mardāwīj. Kirmān était gouvernée par Abū ‘Alī Muḥammad ibn Ilyās ibn al-Yasa‘, et les provinces de Mossoul et de la Jazīra