Parmi les notables décédés cette année-là figure Nifṭawayh le grammairien (1), Ibrahim ibn Muḥammad ibn ʿArafah ibn Sulaymān ibn al-Mughīrah ibn Ḥabīb ibn al-Muhallab ibn Abī Ṣufrah al-Azdī, Abū ʿAbd Allāh al-ʿAtakī, connu sous le nom de Nifṭawayh le grammairien. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dans ce domaine. Il avait entendu des ḥadiths, et il transmit d’éminentes autorités ; des personnes dignes de confiance rapportèrent également de lui. Il était véridique et composa de beaux poèmes.
Al-Khaṭīb rapporte qu’un jour, Nifṭawayh passa devant un marchand de légumes. Il lui demanda : « Ô cheikh, quel chemin mène à Darb ar-Raʾʾāsayn (c’est-à-dire Darb ar-Rawwāsīn) ? » Le marchand se tourna alors vers son voisin en s’exclamant : « Qu’Allah honnisse mon garçon ! Il tarde à m’apporter des feuilles de bettes ; si j’en avais, j’aurais fessé celui-ci avec une botte. » Nifṭawayh s’éloigna sans lui répondre (2).
Nifṭawayh mourut à l’âge de quatre-vingt-trois ans au mois de Ṣafar de cette même année. Al-Barbahārī, chef des ḥanbalites, accomplit la prière funéraire sur lui, puis il fut inhumé dans les cimetières de Bāb al-Kūfa.
Abū ʿAlī al-Qālī a cité de lui, dans « al-Amālī » :
« Mon cœur pour toi est plus tendre que tes joues (3),
et mes forces plus faibles que celles de tes paupières (4).
Pourquoi ne prends-tu pas pitié de celui qui se fait souffrir (5)
injustement, tandis que son amour l’attire vers toi (6) ? »
Ibn Khallikān rapporta que, au sujet de Nifṭawayh, Abū ʿAbd Allāh Muḥammad ibn Zayd ibn ʿAlī ibn al-Ḥusayn al-Wāsiṭī, le célèbre mutakallim (théologien) auteur de « l’Imāma », de « l’Iʿjāz al-Qurʾān » et d’autres ouvrages, déclara (7) :
« Que celui qui veut ne point voir de pécheur
s’efforce également de ne pas voir Nifṭawayh !
Puisse Dieu le brûler avec la moitié de son nom
et faire de l’autre moitié son propre cri ! » (8).