Ibn al-Jawzî dit : « En cette même nuit, un grand nombre d’étoiles tombèrent à Bagdad et à Koufa d’une manière inédite, sans précédent ni équivalent. Il ajouta : durant cette année, les prix montèrent à tel point qu’un kurr de blé se vendit cent vingt dinars (1).
La même année – selon l’avis le plus fiable – eut lieu l’assassinat de Mardâwîj ibn Zayyâr ad-Daylamî. Qu’Allah le vilipende ! Il était de mauvaise réputation et de mauvais caractère ; il prétendait que l’âme de Sulaymân fils de Dâwûd s’était réincarnée en lui – il possédait un trône en or sur lequel il s’asseyait – et que les Turcs à son service étaient les djinns soumis à Sulaymân fils de Dâwûd. Il les traitait donc de façon brutale et les méprisait au plus haut point, et il ne cessa d’agir ainsi jusqu’à ce que Dieu leur permît de le vaincre ; ils le tuèrent de la plus atroce des manières dans un bain. Celui qui s’était allié à son meurtre fut son serviteur, Bujkum le Turc – qu’Allah le récompense au profit de l’islam et de ses fidèles. Rukn ad-Dawla ibn Bûwayh était alors retenu en otage chez Mardâwîj ; à la mort de ce dernier, il fut libéré de ses chaînes et de sa prison. Il partit rejoindre son frère ‘Imâd ad-Dawla, accompagné d’une partie des Turcs ; un autre groupe se rallia à Bujkum qui se rendit à Bagdad avec leur concours, après en avoir reçu l’autorisation du calife. Puis on les renvoya à Bassora, où ils restèrent. Quant aux Daylamites, ils firent appel au frère de Mardâwîj, Washmkîr. À son arrivée, ils sortirent à sa rencontre pieds nus et à pied, et ils le proclamèrent leur souverain afin de préserver leur royaume. C’est alors que le bienheureux Nasr ibn Ahmad as-Sâmânî, maître du Khorassan et des régions environnantes, fut désigné pour le combattre : il lui arracha de vastes contrées.
Cette même année, al-Qâ’im bi-Amr Allah le Fâtimide envoya une armée d’Ifrîqiya par voie maritime contre les Francs ; ses troupes prirent la ville de Gênes, remportèrent d’abondantes dépouilles et une grande richesse, puis revinrent saines et sauves, chargées de butin.
La même année encore, ‘Imâd ad-Dawla ibn Bûwayh dépêcha son frère Rukn ad-Dawla à Ispahan où celui-ci s’empara de la ville ainsi que des territoires du Jabal. Le royaume d’‘Imâd ad-Dawla s’élargit, son pouvoir et son prestige s’accrurent.
Cette année-là, on avait également signalé une famine sévère au Khorassan et une mortalité massive, au point que la préoccupation majeure était d’enterrer les morts.
Et au cours de cette année, Nâsir ad-Dawla Abû Muhammad al-Hasan ibn ‘Abd Allâh ibn Hamdân, gouverneur de Mossoul, tua son oncle Abû al-‘Alâ Sa‘îd ibn Hamdân, parce que celui-ci voulait lui ravir la ville. Le calife envoya son vizir Abû ‘Alî ibn Muqla à la tête d’une armée, si bien que Nâsir ad-Dawla prit la fuite. Lorsque la présence prolongée d’ibn Muqla à Mossoul (et son incapacité à mettre la main sur Nâsir ad-Dawla) (2) ne donna aucun résultat, il revint à Bagdad. La mainmise de Nâsir ad-Dawla sur Mossoul se maintint alors, et il écrivit au calife pour demander à garantir cette province ; on répondit favorablement à sa demande, et la situation persista ainsi.
Les pèlerins se mirent en route, mais ils rencontrèrent le Qarmate à al-Qâdisiyya. Ils l’affrontèrent et il triompha d’eux. Ils sollicitèrent sa protection, qu’il leur accorda à condition qu’ils rentrent à Bagdad. Ils firent demi-tour, et le pèlerinage ne se déroula pas cette année-là (3).