Puis arriva l’an trois cent vingt-trois (323). Cette année-là, on fit comparaître Ibn Shanabudh, le lecteur. Un groupe de juristes et de récitants lui reprochèrent des variantes de lecture qu’il était seul à adopter. Il reconnut certaines d’entre elles et en réfuta d’autres. On l’obligea à se rétracter, et il rédigea de sa main un document l’engageant à revenir sur ce qui lui était reproché. Par ordre du vizir Abû ‘Alî ibn Muqla, il fut fouetté de sept coups de fouet et exilé à Bassora ou ailleurs. Il invoqua alors contre le vizir la prière que sa main soit coupée et que son sort soit dispersé, ce qui ne tarda pas à se réaliser.
La même année, au mois de Jumâdâ al-âkhira, Badr al-Kharshanî (1), chef de la police des deux quartiers de Bagdad, proclama qu’aucun des disciples d’Abû Muhammad al-Barbahârî, le prédicateur hanbalite, ne devait se réunir à plus de deux. Plusieurs d’entre eux furent emprisonnés, et al-Barbahârî se cacha sans réapparaître pendant un certain temps.
Ibn al-Jawzî rapporte dans son « al-Muntazam » qu’au mois de Ayyâr, les nuages s’amassèrent tandis que la chaleur devint très intense. Puis, le dernier jour de ce mois — qui coïncidait avec le vingt-cinquième de Jumâdâ al-âkhira de cette année — un vent violent se leva, le ciel s’obscurcit et devint noir après la prière de l’asr, puis la violence du vent diminua (2) avant de reprendre plus tard, après la prière de l’‘ishâ’ (3).
La même année (4), les soldats, ayant trop attendu leurs soldes, se rendirent chez le vizir Abû ‘Alî ibn Muqla, creusèrent un passage dans sa demeure et prirent ce qui s’y trouvait. Un gigantesque incendie éclata dans la rue des marchands d’étoffes, causant de grandes pertes matérielles ; le calife ar-Râdî billâh dédommagea partiellement ceux qui avaient tout perdu. En ramadan, un groupe d’émirs se réunit pour prêter serment à Ja‘far ibn al-Muktafî. Le vizir découvrit leur complot, arrêta Ja‘far et fit piller sa demeure. Plusieurs de ceux qui l’avaient soutenu furent également arrêtés, et leur révolte fut réduite à néant.
Quant aux pèlerins, ils partirent escortés par l’émir Lu’lu’. Abû Tâhir Sulaymân ibn Abî Sa‘îd al-Jannâbî (que Dieu le maudisse) les attaqua, tuant la plupart d’entre eux. Ceux qui purent fuir revinrent à Bagdad, et le pèlerinage fut interrompu cette année-là sur la route d’Irak. Ce massacre se produisit dans la nuit du mercredi, douze jours après le début de Dhu al-Qa‘da.